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Grande distribution : Carrefour accélère en Afrique pour viser le sommet d’ici 2030

Déjà puissant en Europe, Carrefour veut désormais peser lourd sur le marché africain. Appuyé sur un réseau de partenaires locaux, le distributeur français déploie une stratégie d’expansion rapide, tout en se préparant à une concurrence féroce sur un terrain encore fragmenté.

Le groupe tricolore a dévoilé un cap clair dans son plan « Carrefour 2030 » : renforcer sa présence hors d’Europe et faire de l’Afrique un pilier de sa croissance. À moyen terme, l’enseigne vise une implantation dans 22 pays africains parmi les marchés jugés prioritaires dans sa feuille de route internationale. L’objectif est double : accroître son empreinte géographique et améliorer sa rentabilité grâce à des formats adaptés aux réalités locales.

Fidèle à une recette éprouvée, Carrefour privilégie la franchise et les partenariats plutôt que les investissements directs massifs. Ces derniers mois, le groupe a multiplié les accords avec des opérateurs solidement enracinés dans leurs marchés. En Éthiopie, une collaboration avec un acteur privé local doit permettre de convertir plusieurs magasins existants à son enseigne, avant d’en ouvrir de nouveaux. Au Ghana, l’enseigne française mise sur un partenaire spécialisé pour reprendre des points de vente déjà en activité et les faire basculer sous sa bannière.

Cette stratégie s’appuie aussi sur des partenaires historiques : le conglomérat basé à Dubaï Majid Al Futtaim, actif en Afrique du Nord et de l’Est, ainsi que CFAO Retail en Afrique francophone. À cela s’ajoutent des franchisés au Maghreb. Résultat : près de 700 magasins portent aujourd’hui l’enseigne Carrefour sur le continent.

Cette montée en puissance s’inscrit dans un paysage dominé par un acteur sud-africain de poids : Shoprite. Longtemps adepte d’une expansion directe et rapide, le groupe a toutefois revu sa copie. Après plusieurs retraits de marchés jugés peu rentables, il privilégie désormais la consolidation dans ses zones les plus stables. Carrefour, à l’inverse, avance avec un modèle plus souple, moins gourmand en capitaux, et tente d’occuper les espaces laissés vacants par son rival, notamment en Afrique de l’Ouest.

Si la classe moyenne progresse dans plusieurs pays africains, la grande distribution moderne reste encore limitée face au commerce traditionnel. Les coûts logistiques, la volatilité monétaire et les contraintes réglementaires représentent autant de défis. Pour Carrefour, la clé réside dans l’adaptation de ses formats, la maîtrise des prix et l’intégration de fournisseurs locaux. En filigrane, la bataille ne se jouera pas seulement sur le nombre de magasins, mais sur la capacité à bâtir des réseaux durables, capables de résister aux soubresauts économiques. L’enseigne française avance donc comme un navigateur prudent : voile ouverte vers 2030, mais compas réglé sur les partenariats.

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