Habitat et climat : L’Afrique cherche sa voie pour un habitat bas carbone
Portée par une urbanisation fulgurante et confrontée à une crise énergétique persistante, l’Afrique doit bâtir trois à quatre fois plus de logements d’ici 2050. Un défi colossal, mais aussi une occasion rare d’inventer des villes résilientes, sobres et adaptées au climat. Entre rêves individuels, réalités sociales et innovations locales, le continent explore les chemins d’un habitat bas carbone.

À Kinshasa, Franck Mwana économise patiemment pour sa future maison. Comme lui, des millions d’Africains cherchent un logement abordable, confortable et surtout sécurisé face aux inondations et aux coupures d’électricité. Le continent abrite déjà trois des quinze plus grandes métropoles du monde et sa population urbaine continue de croître. Pour absorber cette vague, le parc bâti devra être multiplié par trois ou quatre d’ici 2050. Or, le secteur du bâtiment représente déjà 21 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre. « Il n’existe pas de stratégie climatique crédible sans transformation profonde du bâtiment », rappelait Inger Andersen, directrice du PNUE, en 2024. La moitié des bâtiments de 2050 n’existent pas encore : une page blanche autant qu’un risque.
Le paradoxe d’un continent peu émetteur mais très exposé
L’Afrique contribue à moins de 3 % des émissions mondiales de CO₂ liées à l’énergie, malgré près d’un cinquième de la population mondiale. Pourtant, elle subit de plein fouet les manifestations du dérèglement climatique : vagues de chaleur extrêmes, pluies diluviennes, cyclones, sécheresses prolongées. La crise énergétique aggrave encore la vulnérabilité, avec près de 600 millions de personnes privées d’électricité. Dans ce contexte, la demande en refroidissement explose, portée par l’urbanisation et la hausse des températures. Selon l’AIE, l’usage des ventilateurs et climatiseurs a quadruplé en dix ans.
Renouvelables : promesses et limites
Face à l’urgence, les énergies renouvelables se présentent comme une double réponse : réduire les émissions et sécuriser l’accès à l’énergie. Soleil abondant, fleuves puissants, vents constants : le continent dispose d’atouts majeurs encore largement sous-exploités. Mais l’ingénieur camerounais Willy Azangué rappelle que le solaire n’est pas une baguette magique. Adapté aux usages domestiques ou aux petites collectivités, il peine à répondre aux besoins massifs des industries ou des immeubles imposants. « Pour 200 kilowatts, il faut jusqu’à 2 000 m² de panneaux, contre quatre mètres carrés pour un petit groupe électrogène », note-t-il. Selon lui, seule une combinaison intelligente des ressources – solaire, gaz, pétrole, biomasse, éolien – permettra de bâtir un écosystème énergétique africain stable et efficient.
Le retour discret des matériaux locaux
À l’échelle des familles, une autre révolution prend forme. À Yaoundé, Parfait Fossitouang a construit une maisonnette en briques de terre cuite, moins coûteuse et naturellement plus fraîche. La pièce est devenue le refuge préféré de la famille. Le matériau, plus simple à mettre en œuvre que le ciment, séduit de plus en plus de ménages. Mais les mentalités évoluent lentement. De retour des États-Unis, Jean Martial Nana rêvait d’une maison en bois, comme en Europe du Nord. La pression sociale l’a poussé vers une construction en béton, perçue comme plus prestigieuse. Il compense par un jardin luxuriant offrant ombre et fraîcheur.
Un tournant à saisir
Ces expériences témoignent d’un mouvement de fond : repenser l’habitat africain en s’appuyant sur les ressources locales, les innovations énergétiques et des choix adaptés au climat. Entre contraintes économiques, aspirations sociales et impératifs environnementaux, l’Afrique se trouve à la croisée des chemins. La manière dont elle bâtira ses villes dans les vingt prochaines années pourrait redéfinir l’équilibre énergétique et climatique mondial.



