Horus Investment Capital : Le vrai verrou n’est pas l’argent, mais la qualité des projets
Réunis au Cap lors du Global Banking and Markets Africa 2026, les responsables d’Horus Investment Capital ont remis au centre du débat une faiblesse structurelle des économies africaines : la difficulté à transformer les ambitions publiques en projets suffisamment solides pour attirer les financeurs. Au Cameroun, malgré des ressources déjà disponibles ou autorisées, la faible bancabilité de plusieurs opérations continue de ralentir la concrétisation des infrastructures.

Le débat sur les infrastructures africaines change peu à peu de visage. Longtemps présenté comme une simple question de manque de capitaux, il révèle aujourd’hui une faille plus profonde : l’insuffisante préparation technique et financière des projets. C’est le message porté par Horus Investment Capital, société de bourse active sur le marché financier de la CEMAC, lors de la conférence Global Banking and Markets Africa 2026, organisée au Cap le 17 mars. Pour la firme basée à Douala, l’enjeu majeur n’est plus tant de trouver des bailleurs que de leur présenter des dossiers capables de résister à l’analyse des risques, des délais et de la rentabilité.
Au cours d’un panel consacré aux retards d’exécution sur les marchés africains de la dette, Ibrahim Oumarou Sanda, conseiller senior de la société, a résumé le problème en une formule claire : le continent dispose de liquidités, mais peine encore à les convertir en investissements concrets faute d’une ingénierie de projet suffisamment robuste. Autrement dit, les fonds existent dans les banques, chez les investisseurs institutionnels ou au sein des partenaires techniques et financiers. Ce qui manque souvent, c’est la chaîne de préparation : études de faisabilité crédibles, structuration juridique, mécanismes de remboursement, garanties, gouvernance et visibilité sur l’exécution. Cette réalité explique pourquoi de nombreux programmes d’infrastructures restent à l’état d’intention, malgré des annonces de financement parfois importantes.
Le cas du Cameroun illustre parfaitement cette contradiction. Les autorités ont déjà engagé plusieurs réformes pour améliorer la maturation des investissements publics. Une session de formation organisée par le ministère de l’Économie et de la Planification en mars dernier a notamment permis de vulgariser le nouveau dispositif réglementaire imposant la présélection des projets, l’analyse multicritère et une programmation par portefeuille. L’objectif est de filtrer en amont les initiatives insuffisamment préparées afin de concentrer les financements sur les opérations les plus viables. Malgré ces avancées, les chiffres restent parlants. À fin septembre 2025, l’encours de la dette engagée mais non encore décaissée atteignait 4 714,7 milliards de FCFA, soit un volume colossal représentant près des deux tiers du budget annuel de l’État. Cette masse de ressources “en attente” traduit moins une pénurie financière qu’un déficit de transformation des engagements en projets exécutables.
À cette enveloppe s’ajoutent près de 975,8 milliards de FCFA d’autorisations de mobilisation de ressources encore non finalisées pour des infrastructures ciblées. Selon les données de la Caisse autonome d’amortissement, plusieurs dossiers n’ont pas franchi le cap final en raison d’un niveau de bancabilité jugé insuffisant. Dans un contexte régional marqué par des banques plus prudentes et des États toujours plus demandeurs de financements, la question devient stratégique. Le véritable test n’est plus seulement la vision politique des projets, mais leur capacité à rassurer les prêteurs sur la viabilité économique, la transparence de gestion et la soutenabilité de la dette.
Le chantier des infrastructures africaines ressemble ainsi à une grande mécanique dont les capitaux seraient le carburant, mais dont le moteur reste la qualité de la structuration. Sans projets bien calibrés, même les financements les plus abondants risquent de demeurer immobilisés dans les tuyaux du système financier.



