Huile de palme : Le Cameroun replonge dans la dépendance aux importations
La demande intérieure dépasse largement l’offre locale d’huile de palme. Malgré des plans de relance et quelques progrès productifs, les achats à l’étranger se sont envolés, pesant sur la balance commerciale et révélant les fragilités structurelles d’une filière stratégique.

Au Cameroun, l’huile de palme n’est pas qu’un ingrédient culinaire : c’est un pilier de l’industrie alimentaire. Or, la production nationale progresse moins vite que les besoins. En 2024, elle a frôlé les 447 000 tonnes, selon les autorités, un niveau encore très éloigné d’une consommation estimée à plus d’un million de tonnes par an. Résultat : un déficit chronique de plusieurs centaines de milliers de tonnes, comblé par les importations.
Après un repli en 2024, les volumes achetés à l’extérieur ont de nouveau augmenté en 2025. Sur neuf mois, la facture a atteint près de 51 milliards FCFA, soit environ le double de la période précédente. Cette reprise traduit un simple mécanisme d’équilibre : lorsque la production locale fléchit, le pays se tourne vers le marché international pour éviter les pénuries. Mais ce réflexe a un coût budgétaire et commercial.
Les grands acteurs du secteur, comme Socapalm, CDC et Pamol, pointent plusieurs obstacles : plantations vieillissantes, rendements irréguliers et logistique parfois défaillante entre zones de production et unités de transformation. À ces contraintes s’ajoute la concurrence des huiles importées, souvent plus stables en prix à court terme.
Depuis plusieurs années, les pouvoirs publics tentent de réorganiser la filière. La mise en place de l’interprofession Interpalm-Cam et un plan de relance doté de plus de 20 milliards FCFA visaient à structurer la production et la transformation. Selon le Premier ministre Joseph Dion Ngute, l’objectif est désormais d’accroître la production d’environ 20 500 tonnes supplémentaires dès 2026 grâce à de nouvelles usines et à la modernisation des installations existantes.
La flambée récente des importations souligne un paradoxe : le Cameroun dispose d’un potentiel agricole important, mais reste dépendant de l’extérieur pour un produit de base. Pour les observateurs, le défi dépasse la seule production. Il s’agit aussi de sécuriser les revenus des planteurs, d’améliorer la transformation locale et de maîtriser les coûts pour les consommateurs.
À court terme, l’augmentation des achats à l’étranger garantit l’approvisionnement. À moyen terme, elle rappelle surtout l’urgence d’un redressement durable de la filière. Sans investissements massifs et meilleure organisation, l’autosuffisance restera un horizon lointain, tandis que la balance commerciale continuera de subir la pression de l’huile rouge venue d’ailleurs.



