Environnement

Illes Zanzibar : Les éponges de mer transformées en levier d’émancipation

Dans le village côtier de Jambiani, au sud-est de Zanzibar, des femmes ont trouvé dans la culture des éponges marines une alternative durable face aux ravages du changement climatique. Cette activité innovante conjugue autonomisation économique, adaptation environnementale et restauration des récifs coralliens.

Pendant des décennies, les algues marines ont constitué la principale source de revenus des femmes de Jambiani. Mais l’augmentation de la température de l’océan Indien, la pollution et la pression sur les ressources halieutiques ont progressivement rendu cette activité non viable. Les rendements ont chuté, les revenus aussi.

Face à cette impasse, une nouvelle voie s’est dessinée dans les eaux peu profondes du lagon. Là où les algues dépérissent, les éponges marines, plus résistantes aux eaux chaudes, continuent de prospérer.

Chaque matin, des silhouettes avancent lentement dans l’eau turquoise, entre des rangées de tiges fixées au fond marin. À ces supports sont attachées des éponges en croissance, soigneusement entretenues. Derrière ce travail, des femmes souvent marginalisées, parfois veuves, qui ont décidé de reprendre leur avenir en main. L’élevage d’éponges a été introduit à Jambiani à la fin des années 2000 par l’ONG suisse Marine Cultures. L’objectif initial était d’évaluer si cette pratique pouvait constituer une source de revenus stable pour les communautés locales. Le pari s’est révélé gagnant.

Selon leur taille et leur qualité, les éponges naturelles peuvent atteindre jusqu’à 30 dollars l’unité sur le marché international, notamment dans les secteurs des cosmétiques et des soins corporels écologiques. Une seule exploitation peut compter plus d’un millier d’éponges. Pour certaines productrices, les bénéfices ont été déterminants. Construction de logements, scolarisation des enfants, indépendance financière : les retombées sont concrètes. Progressivement, une coopérative féminine s’est mise en place, favorisant la mutualisation des efforts et l’accès aux marchés.

Le projet n’a pourtant pas été exempt de défis. Pour plusieurs femmes, le principal obstacle était l’eau elle-même. Ne sachant pas nager, certaines hésitaient à s’engager dans une activité maritime. Des programmes de formation ont permis de lever cette barrière, renforçant à la fois la sécurité et la confiance en soi.

Au-delà de leur valeur économique, les éponges jouent un rôle écologique majeur. Leur structure filtre naturellement l’eau de mer, améliore la qualité des habitats marins et favorise la capture du carbone dans les écosystèmes coralliens. Dans un contexte où près de 60 % des milieux marins mondiaux sont dégradés, selon les Nations unies, cette pratique apparaît comme une solution fondée sur la nature. Les récifs coralliens, essentiels à un quart de la biodiversité marine, bénéficient directement de cette restauration passive.

À Jambiani, la culture des éponges de mer incarne une réponse locale à une crise globale. Elle démontre qu’il est possible d’allier développement économique, inclusion des femmes et protection de l’environnement. Un modèle discret, mais porteur d’espoir, qui pourrait inspirer d’autres communautés côtières d’Afrique confrontées aux mêmes bouleversements climatiques.

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