Industrie au Cameroun : À Douala, la cimenterie Medcem freinée par les eaux et les failles d’aménagement
Inactive depuis plus de deux ans, l’usine Medcem Cameroun, installée à Douala, illustre les fragilités des projets industriels exposés aux risques climatiques et aux choix d’implantation. Entre inondations répétées, pertes de matières premières et mise au chômage partiel du personnel, un investissement de 13 milliards de FCFA peine à produire ses effets économiques.

Le rapport d’évaluation à mi-parcours de la Stratégie nationale de développement 2020-2030 évoque une interruption prolongée des opérations de Medcem Cameroun. Toutefois, selon des sources proches du dossier, l’arrêt réel de la production serait intervenu en novembre 2023, et non dès 2020 comme suggéré par le document officiel. Cette différence de chronologie ne change rien au constat principal : l’usine est aujourd’hui à l’arrêt depuis plus de deux ans, dans un contexte où l’industrialisation est pourtant présentée comme un moteur de croissance et d’emplois.
L’origine des difficultés est d’abord environnementale. Implantée dans une zone exposée aux pluies intenses, la cimenterie a subi plusieurs épisodes d’inondations. Ces crues ont endommagé d’importants volumes de matières premières et fragilisé certaines infrastructures internes, notamment les zones de stockage. À ces aléas climatiques s’ajoutent des contraintes liées aux aménagements réalisés en amont par le Port autonome de Douala. La reconfiguration des voies et des plateformes aurait modifié les écoulements d’eau, provoquant un ruissellement direct vers le site industriel lors des fortes pluies. Résultat : des ateliers et même des bureaux ont été régulièrement envahis par les eaux, rendant l’exploitation impraticable.
Face à cette situation, la direction a opté pour un arrêt prolongé, en attendant des solutions techniques durables. Une partie des salariés a été placée en chômage technique, tandis qu’un effectif réduit assure la surveillance et l’entretien minimum des installations. Sur le plan économique, l’interruption prive le marché local d’un acteur censé renforcer la concurrence et stabiliser les prix du ciment. Elle réduit également l’effet d’entraînement attendu sur l’emploi et les activités connexes.
Mise en service en décembre 2016, Medcem Cameroun est issue d’un partenariat entre le groupe turc Eren Holding et l’enseigne camerounaise de quincaillerie Quifeurou. Dotée d’une capacité initiale de 600 000 tonnes par an, extensible à un million, l’usine ambitionnait de devenir un poids lourd du secteur, face à Cimencam et Dangote Cement. Le projet, évalué à 13 milliards de FCFA, devait générer 250 emplois directs et près de 700 indirects. Il a bénéficié d’exonérations fiscales prévues par la loi de 2013 sur l’investissement privé.
Au-delà du cas Medcem, l’épisode met en lumière les limites du dispositif d’accompagnement des projets industriels. Si l’État facilite l’installation par des avantages fiscaux, le suivi après mise en service reste insuffisant. Dans un contexte de changements climatiques et d’urbanisation rapide, la question de l’implantation des usines et de leur protection contre les risques naturels devient centrale. Sans correction rapide des failles observées à Douala, la relance de Medcem pourrait rester suspendue aux caprices du ciel et aux choix d’aménagement du sol.



