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Industrie camerounaise : Prometal, plongée dans les entrailles d’une industrialisation sous tension

À Douala-Bassa, le groupe Prometal a ouvert ses ateliers à la presse économique. Entre lignes de production bien huilées et dépendance persistante aux intrants, la visite révèle une industrialisation qui avance à pas comptés, portée par la substitution aux importations mais freinée par l’énergie et les matières premières.

Dans l’un des vastes halls métalliques, les plaques d’acier se métamorphosent en bouteilles de gaz domestique. Découpe, emboutissage, soudure, traitement thermique, puis batteries de tests avant la mise en peinture : la chaîne de production suit une cadence réglée comme une horloge industrielle. Mise en service récemment, cette unité dédiée aux bouteilles de gaz ambitionne de réduire la facture des importations, longtemps dominantes sur ce segment. Sa capacité dépasse même la consommation nationale, signe d’une volonté de structurer durablement un marché stratégique pour les ménages. Au-delà du symbole, l’enjeu est aussi sécuritaire. Chaque bouteille est soumise à des contrôles stricts, car ici, la qualité de la matière première et la précision des procédés se mesurent à la résistance à la pression et à la protection des utilisateurs.

Outils agricoles et réponse au marché local

Plus loin, ce sont des brouettes, des pelles et des machettes qui défilent sur les chaînes. La logique est la même : produire sur place ce qui était importé en masse, souvent à bas prix et à qualité variable. Le groupe met en avant une fabrication adaptée aux usages locaux, conçue pour durer dans des conditions parfois rudes. Cette orientation vers les biens de consommation courante vise à capter une demande nationale longtemps tournée vers l’extérieur.

Intégration verticale, mais matières premières rares

La stratégie affichée n’est pas celle d’une dispersion industrielle, mais d’une intégration progressive autour de la transformation des ressources disponibles. Cette approche se retrouve dans les activités agroalimentaires du groupe, notamment la fabrication de lait concentré sucré, auparavant importé à 100 %. Une nouvelle unité permet désormais de couvrir une large part de la demande intérieure. Même logique pour la pâte à tartiner, adossée à l’huile de palme. Mais ici, la réalité rattrape l’ambition : la production nationale de palme ne suffit pas à combler les besoins du marché, alors que les capacités industrielles installées sont largement supérieures aux volumes disponibles. Résultat, des usines prêtes à produire, mais parfois ralenties par le manque d’intrants.

Sidérurgie : quand la ferraille vient de l’étranger

Dans la filière acier, les défis sont encore plus visibles. Autrefois alimentées presque exclusivement par la ferraille locale, les unités de production dépendent désormais pour plus de la moitié de leurs besoins d’importations. Cette évolution renchérit les coûts et réduit la compétitivité, dans un contexte où les capacités de production excèdent la demande nationale. Sur certains produits, comme le fil machine, la production locale parvient toutefois à couvrir les marchés camerounais et sous-régionaux. Mais l’équilibre reste fragile, pris en étau entre surcapacité industrielle et dépendance extérieure.

Aluminium : des investissements lourds, des attentes fortes

Prometal mise aussi sur l’aluminium à travers sa filiale spécialisée. Des investissements importants sont engagés pour produire localement des câbles et d’autres équipements jusqu’ici importés. Chaque année, le Cameroun dépense plusieurs milliards de FCFA pour ces produits. Les futures unités comptent s’approvisionner auprès d’Alucam pour les bobines d’aluminium et d’acier, afin d’ancrer davantage la chaîne de valeur dans le pays. Parallèlement, une unité modernisée a été remise en service, portant la capacité annuelle à un niveau élevé. Mais, là encore, la question de l’accès durable à la matière première demeure centrale.

L’énergie, nerf de la bataille industrielle

Derrière les machines, un autre acteur invisible pèse sur l’équation : l’électricité. Les activités liées à l’aluminium et aux câbles sont fortement énergivores. Le groupe a développé ses propres capacités de production, mais reconnaît que toute extension dépendra de solutions plus fiables et pérennes. Sans énergie stable, l’usine devient un colosse aux pieds d’argile.

Une vitrine qui montre aussi les fissures

Au terme de la visite, le tableau est contrasté. Prometal incarne une industrialisation concrète, fondée sur la transformation locale et la réduction des importations. Les lignes de production témoignent d’un savoir-faire réel et d’investissements conséquents. Mais les contraintes structurelles demeurent : insuffisance de matières premières locales, surcapacité de certaines filières, dépendance énergétique. Cette immersion offre ainsi un miroir fidèle de l’industrie camerounaise : des ambitions affirmées, des outils modernes, mais une trajectoire encore entravée par l’environnement économique et productif. L’industrialisation avance, non pas comme un train lancé à pleine vitesse, mais comme une locomotive qui doit sans cesse ravitailler en charbon avant de repartir.

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