Intégration économique : Le commerce intra-africain attendu à 230 milliards de dollars en 2026, porté par l’élan ZLECAf
Les échanges entre pays africains devraient enregistrer une progression notable en 2026 pour atteindre 230 milliards de dollars, selon les projections d’Afreximbank. Cette dynamique repose sur l’accélération des réformes liées à la ZLECAf, la montée en puissance des paiements panafricains et la réduction graduelle des obstacles logistiques. Au-delà des chiffres, le continent entrevoit surtout une occasion historique de transformer localement ses richesses et de renforcer sa souveraineté commerciale.

Le commerce entre pays africains pourrait franchir un nouveau palier en 2026. D’après les dernières perspectives publiées par Afreximbank, la valeur des échanges intra-continentaux devrait progresser de 10 %, passant de 210 à 230 milliards de dollars. Cette évolution, qui s’inscrit dans un scénario favorable, traduit l’impact croissant des instruments déployés dans le cadre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf).
Au cœur de cette embellie figure l’entrée en service du système panafricain de paiement et de règlement (PAPSS). Ce mécanisme, pensé comme une autoroute monétaire invisible, devrait réduire sensiblement les coûts de conversion des devises, avec des économies estimées entre 20 et 30 %. Pour les entreprises, notamment les PME, cette baisse pourrait fluidifier les transactions et raccourcir les délais de règlement. Autre levier déterminant : le démantèlement progressif des barrières non tarifaires sur plusieurs corridors stratégiques. À cela s’ajoute l’adoption du protocole sur le commerce numérique, qui ouvre un nouveau chapitre pour les services, l’e-commerce et la circulation des données sur le continent.
La recomposition des flux commerciaux devrait également profiter aux secteurs à plus forte valeur ajoutée. Les produits manufacturés et agroalimentaires sont attendus entre 48 % et 50 % des échanges régionaux, contre 46 % un an plus tôt. Cette montée en gamme permettrait de réduire progressivement la dépendance aux matières premières brutes, longtemps colonne vertébrale mais aussi talon d’Achille du commerce africain. Sur le plan géographique, l’Afrique australe devrait conserver son rôle de locomotive. Toutefois, l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique de l’Est devraient renforcer leur contribution grâce à une mise en œuvre plus rapide des réformes commerciales. L’Afrique du Nord, elle, poursuit l’élargissement de ses connexions avec les autres sous-régions.
Malgré ces perspectives encourageantes, le continent reste loin de son plein potentiel. Les échanges totaux de l’Afrique avec le reste du monde et en interne ont atteint environ 1 400 milliards de dollars, mais la structure commerciale demeure déséquilibrée : les exportations hors continent restent dominées par les matières premières, tandis que les importations reposent majoritairement sur les produits manufacturés. La marge de progression est considérable. Le déficit entre les exportations actuelles et le potentiel estimé atteint 433,8 milliards de dollars. Pour combler cet écart, les experts mettent en avant la transformation locale des produits agricoles et le raffinage avancé des minerais.
La transformation agroalimentaire pourrait accroître les recettes d’exportation de plus de 42 %. Dans le secteur minier, le traitement local des ressources offrirait un puissant effet multiplicateur : croissance additionnelle du PIB, centaines de milliers d’emplois et jusqu’à 120 milliards de dollars de recettes exportatrices supplémentaires chaque année. L’enjeu est clair : faire passer le continent d’exportateur de matières brutes à fabricant de valeur. Si les infrastructures, la gouvernance et l’intégration régionale suivent le rythme, 2026 pourrait marquer plus qu’une hausse des échanges : le début d’un changement de gravité économique pour l’Afrique.



