Logistique : L’OPA-AC trace la route de ports plus compétitifs à Douala et Kribi
Après trois années d’enquêtes sur les principaux corridors d’Afrique centrale, l’Observatoire des pratiques anormales (OPA-AC) propose une feuille de route ambitieuse pour transformer les ports camerounais en plateformes logistiques modernes. Entre lutte contre les paiements informels, digitalisation des procédures et coopération régionale, l’objectif est clair : faire de Douala et Kribi des moteurs de la compétitivité de la zone CEMAC.

Les corridors reliant Douala à N’Djamena, Bangui et Libreville constituent l’ossature des échanges de la sous-région. Ils assurent l’approvisionnement des pays enclavés et conditionnent le coût final des marchandises. Pourtant, l’étude présentée par l’OPA-AC met en évidence une réalité persistante : formalités lourdes, contrôles répétés et délais imprévisibles pèsent sur la fluidité du trafic. Dans ce schéma, les ports de Port Autonome de Douala et Port Autonome de Kribi jouent un rôle stratégique. Ils sont à la fois portes d’entrée du commerce international et points de départ des flux vers le Tchad et la République centrafricaine.
L’OPA-AC a identifié une série de dysfonctionnements qui freinent la performance des chaînes logistiques. Parmi eux, les paiements informels et certaines opérations hors cadre légal, souvent liés à la multiplicité des intervenants le long des routes et dans les zones portuaires. Ces pratiques augmentent les coûts de transport, entretiennent l’incertitude pour les opérateurs économiques et réduisent l’attractivité des ports camerounais face à la concurrence régionale. Pour les chercheurs, il ne s’agit plus seulement de constater, mais de corriger un système qui pénalise la compétitivité globale de la sous-région.
Face à ces obstacles, la dématérialisation des procédures apparaît comme un levier central. La réduction des contacts physiques, grâce à des plateformes numériques pour les formalités portuaires et douanières, est perçue comme un moyen efficace de limiter les tracasseries. Selon les conclusions de l’étude, la modernisation des systèmes d’information pourrait raccourcir les délais de traitement, améliorer la traçabilité des opérations et restaurer la confiance entre administrations et acteurs privés. Une transformation qui suppose toutefois des investissements techniques et une volonté politique durable.
Les recommandations insistent aussi sur la nécessité d’harmoniser les règles de transit entre le Cameroun, le Tchad, la RCA et le Congo. L’enjeu est d’assurer un passage continu des marchandises, sans ruptures administratives ni surcoûts imprévus. La CEMAC, qui pilote plusieurs initiatives en faveur de la libre circulation, est appelée à renforcer la coordination entre États. Des dispositifs communs, comme les brigades mixtes en cours de mise en place, sont présentés comme des outils concrets pour fluidifier les échanges.
La démarche bénéficie également du soutien de partenaires extérieurs, notamment de la Union européenne, engagée à travers des programmes d’appui à la gouvernance et aux infrastructures. Pour ces partenaires, la modernisation des ports et des corridors est indissociable de l’intégration économique régionale. Malgré ses ressources naturelles, l’Afrique centrale reste l’une des régions les moins intégrées au monde, un paradoxe que les responsables souhaitent corriger par des projets structurants.
Du côté des transporteurs et des commissionnaires en douane, le diagnostic rejoint celui des chercheurs. Les professionnels dénoncent les pratiques extra-légales qui ralentissent les opérations et alourdissent les charges. Ils reconnaissent toutefois des progrès récents, notamment dans la réglementation camerounaise et dans l’extension progressive des procédures numériques. Pour eux, la modernisation des contrôles routiers et portuaires pourrait transformer en profondeur les corridors vers le Tchad et la Centrafrique, en réduisant délais et coûts.



