Marché des titres : Les particuliers camerounais encore en retrait sur les investissements dans les valeurs du Trésor
Malgré le poids économique du Cameroun dans la Cemac, les particuliers y investissent nettement moins dans les titres publics que dans certains pays voisins. Les données arrêtées à fin janvier 2026 montrent que les épargnants tchadiens, gabonais ou congolais placent plusieurs fois plus de ressources dans les valeurs du Trésor que leurs homologues camerounais, dans un marché encore largement dominé par les banques.

Sur le marché des valeurs du Trésor de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac), la participation des particuliers camerounais demeure relativement modeste. Les statistiques disponibles à fin janvier 2026 indiquent que ces investisseurs ont placé environ 25,9 milliards de FCFA dans les titres publics émis par les États de la sous-région. Ce niveau reste largement inférieur à celui observé dans certains pays voisins. Au Gabon, par exemple, les souscriptions des particuliers atteignent 71,7 milliards de FCFA, soit près de trois fois plus que celles enregistrées au Cameroun. Les investisseurs individuels du Congo affichent un niveau comparable, avec plus de 70 milliards de FCFA engagés dans ces instruments de dette.
La situation est encore plus marquée au Tchad. Bien que ce pays soit souvent classé parmi les marchés les plus modestes de la zone en matière d’émissions souveraines, ses particuliers se montrent particulièrement actifs. Leur participation s’élève à 108 milliards de FCFA, un montant qui représente environ quatre fois celui observé au Cameroun.
Au-delà des écarts entre pays, la place des investisseurs individuels reste globalement limitée dans l’écosystème des titres publics de la Cemac. D’après les données de la banque centrale sous-régionale, leur portefeuille total atteint 287,6 milliards de FCFA, soit seulement 3 % de l’encours global. Les investisseurs institutionnels occupent une position plus significative. Les compagnies d’assurances, fonds de pension et autres acteurs assimilés détiennent près de 1 808,8 milliards de FCFA, ce qui correspond à 19,1 % des titres en circulation. Les établissements de crédit non agréés comme spécialistes en valeurs du Trésor contrôlent, quant à eux, 13,7 % du marché, pour un volume estimé à 1 297,3 milliards de FCFA.
Depuis la création du marché des titres publics de la Cemac en décembre 2011, les Spécialistes en valeurs du Trésor (SVT), essentiellement des banques commerciales, conservent une position dominante. Leurs portefeuilles cumulés s’élèvent à 5 973,6 milliards de FCFA, soit 63,2 % de l’encours total. Cette concentration s’explique notamment par la tendance des banques à conserver les titres acquis lors des émissions primaires. Pourtant, la réglementation prévoit que les SVT alimentent le marché secondaire en cédant chaque année une part importante de leurs portefeuilles afin de favoriser la diversification des investisseurs. Dans la pratique, une grande partie des transactions s’effectue entre banques elles-mêmes, ce qui limite l’accès des particuliers et d’autres investisseurs institutionnels.
L’importance des opérations de pension livrée illustre cette dynamique. Ce mécanisme permet aux banques d’échanger temporairement des titres contre de la liquidité, avant de les récupérer à l’échéance convenue. En janvier 2026, ces transactions ont atteint 826,9 milliards de FCFA sur le marché secondaire, selon les données officielles. À titre de comparaison, les ventes effectives de titres aux investisseurs se sont limitées à 287 milliards de FCFA sur la même période.
Cet écart souligne la prédominance des échanges interbancaires et confirme que l’ouverture du marché des titres publics aux particuliers reste encore un chantier majeur pour la Cemac.



