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Marché des titres publics : Le Cameroun s’aventure sur le long terme avec une obligation de 15 ans

Pour la première fois depuis la création du marché des titres publics de la BEAC, le Trésor camerounais s’apprête à proposer une obligation d’une maturité de 15 ans. Une opération inédite qui vise autant à lever des fonds qu’à sonder l’appétit des investisseurs pour des horizons plus lointains.

Le 17 février 2026, le Cameroun fera une entrée remarquée sur le segment des maturités longues du marché monétaire de la Cemac. Le Trésor public prévoit de lancer une émission d’Obligations du Trésor assimilables (OTA) sur 15 ans, une durée jamais explorée jusqu’ici dans ce cadre régional mis en place en 2011 sous la supervision de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC). Au-delà du montant recherché, cette opération revêt une portée symbolique : elle ouvre la voie à une nouvelle catégorie d’instruments financiers dans un environnement où les émissions dépassent rarement la barre des dix ans. Le Cameroun entend ainsi mesurer la capacité du marché à soutenir des financements de très long terme, en cohérence avec ses besoins croissants en investissements structurants.

Sur le marché des titres publics de la Cemac, les souscriptions se concentrent généralement sur des maturités courtes, souvent inférieures à cinq ans. Cette préférence traduit une recherche de sécurité et de liquidité par les investisseurs institutionnels. Conscient de cette réalité, le Trésor camerounais a opté pour une enveloppe limitée de 20 milliards de FCFA sur cette tranche à 15 ans. Une manière de tester le terrain sans exposer excessivement la stratégie d’endettement. À l’inverse, une autre émission d’OTA programmée début février, avec des maturités comprises entre un et cinq ans, vise un volume bien plus important de 250 milliards de FCFA, signe d’une confiance plus forte dans les horizons déjà éprouvés.

La planification financière du premier trimestre 2026 montre une forte mobilisation des Bons du Trésor assimilables (BTA), des titres à court terme dont l’échéance n’excède pas un an. Ces instruments servent surtout à répondre à des besoins temporaires de trésorerie. À l’opposé, les OTA, plus longues, sont traditionnellement destinées au financement de projets et d’investissements publics. En combinant ces deux types de titres, l’État cherche à équilibrer gestion immédiate de liquidités et préparation de ressources durables.

Selon le calendrier communiqué par la BEAC, le Cameroun ambitionne de collecter plus de 619 milliards de FCFA sur le marché monétaire régional au premier trimestre 2026. Environ 300 milliards devraient provenir des émissions d’OTA, tandis qu’un peu plus de 319 milliards seraient levés via des BTA. Cette stratégie confirme l’importance croissante du marché régional dans le financement du budget de l’État. L’émission à 15 ans, bien que modeste en volume, pourrait marquer un tournant. Si l’accueil des investisseurs est favorable, elle ouvrirait la voie à des financements plus longs, mieux adaptés aux projets d’infrastructures et aux ambitions économiques du pays.

Ainsi, le Cameroun ne se contente pas de chercher des ressources : il tente aussi d’élargir l’horizon du marché financier de la Cemac, en y inscrivant pour la première fois une obligation qui regarde quinze ans devant elle.

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