Marché mondial de l’énergie : Le retour progressif du Venezuela sur l’échiquier pétrolier pourrait faire pression sur les prix à l’horizon 2030
Longtemps freiné par les sanctions, le sous-investissement et l’instabilité politique, le secteur pétrolier vénézuélien pourrait amorcer une lente renaissance. Si elle se confirme, cette remontée de l’offre serait susceptible d’influencer durablement l’équilibre du marché mondial du brut au cours de la prochaine décennie.

Le Venezuela dispose de l’un des plus vastes patrimoines pétroliers de la planète, avec près de 17 % des réserves prouvées mondiales. Pourtant, ce potentiel est resté largement en jachère. Autrefois pilier de l’OPEP, le pays produisait jusqu’à 3,5 millions de barils par jour dans les années 1970. Cette performance appartient désormais au passé. La combinaison des sanctions internationales, du manque d’investissements et de la dégradation des infrastructures a fait chuter la production à un niveau proche du million de barils par jour, voire moins selon certaines estimations récentes. La chute du régime de Nicolás Maduro et l’annonce d’un changement politique majeur ouvrent néanmoins une nouvelle séquence. Les marchés pétroliers commencent à intégrer l’idée d’un redressement progressif, même si celui-ci s’annonce lent et semé d’incertitudes.
Pour JPMorgan, un changement de gouvernance pourrait permettre une remontée graduelle de la production, d’abord vers 1,3 à 1,4 million de barils par jour dans les prochaines années, puis potentiellement jusqu’à 2,5 millions à plus long terme. Une telle évolution, encore absente des anticipations de prix à long terme, serait de nature à peser sur l’équilibre de l’offre mondiale. Goldman Sachs se montre plus réservé. La banque estime qu’un véritable redémarrage nécessitera des investissements massifs et une stabilité politique durable. Dans l’hypothèse d’un retour à 2 millions de barils par jour, l’effet baissier sur les prix du brut pourrait atteindre environ 4 dollars par baril d’ici 2030.
À court horizon, les effets sur les prix resteraient modestes. Les incertitudes liées aux sanctions américaines et à la capacité réelle du pays à restaurer ses installations freinent toute perspective de rebond rapide. Pour 2026, les prévisions de prix du Brent et du WTI demeurent inchangées, tandis que la production vénézuélienne est attendue autour de 900 000 barils par jour.
La renaissance du secteur repose largement sur l’implication des majors américaines. Chevron, restée active via des coentreprises avec la compagnie publique PDVSA, apparaît comme un acteur clé grâce à sa connaissance des actifs locaux. À l’inverse, ExxonMobil et ConocoPhillips, parties après les nationalisations des années 2000, conditionnent tout retour au règlement de lourds contentieux financiers.
Selon plusieurs sources, Washington lierait désormais toute compensation à un engagement préalable des compagnies sur le terrain, accentuant le risque financier d’un retour. Malgré ces obstacles, le Venezuela pourrait, à long terme, redevenir un facteur structurant du marché pétrolier mondial, capable d’influencer durablement les prix.



