Mémoire historique : Le Ghana veut faire reconnaître la traite négrière comme crime majeur contre l’humanité
Porté par John Dramani Mahama, un projet de résolution soumis à Organisation des Nations unies ambitionne de redéfinir la place de la traite transatlantique dans l’histoire mondiale et d’ouvrir le débat sur les réparations.

Le Ghana s’apprête à franchir une étape symbolique dans la reconnaissance des injustices historiques. Le 25 mars, à l’Assemblée générale de l’ONU, son président, John Dramani Mahama, doit présenter une résolution visant à qualifier la traite transatlantique des esclaves comme l’un des crimes les plus graves contre l’humanité. Ce texte, soutenu par Union africaine et la Communauté des Caraïbes, s’inscrit dans une dynamique de reconnaissance historique longtemps attendue. Il met en lumière l’ampleur et la brutalité d’un système qui, durant des siècles, a structuré des rapports économiques et sociaux encore visibles aujourd’hui.
Pour les autorités ghanéennes, la portée de cette initiative dépasse la simple reconnaissance symbolique. Il s’agit de replacer la traite négrière au cœur des déséquilibres contemporains, qu’il s’agisse de la dette, des écarts de développement ou des vulnérabilités climatiques. Selon UNESCO, entre 15 et 20 millions d’Africains ont été déportés de force vers les Amériques. Ce déplacement massif, inédit par son ampleur, a laissé des traces profondes dans les sociétés africaines et diasporiques.
Au-delà de la mémoire, le texte ouvre la voie à une réflexion sur la justice réparatrice. L’idée, déjà défendue par l’ancien président Nana Akufo-Addo, gagne du terrain sur la scène internationale. Elle vise à reconnaître les responsabilités historiques et à envisager des mécanismes de compensation. Si elle est adoptée, cette résolution serait une première dans l’histoire de l’ONU, offrant un cadre global pour aborder les conséquences durables de l’esclavage. Elle coïncide symboliquement avec la Journée internationale de commémoration des victimes de la traite, renforçant ainsi sa portée politique et mémorielle. Pour Accra, nommer clairement cette réalité constitue un point de départ essentiel. Comme une pierre jetée dans les eaux calmes de l’histoire officielle, l’initiative ghanéenne pourrait provoquer des ondes durables dans les débats sur l’équité mondiale.



