Mines : Au Cameroun, un scandale de 15200 kg d’or secoue le sérail

Révélé par le rapport ITIE 2023 publié le 10 décembre 2025, la situation décriée met en lumière un écart considérable entre les 22,3 kg d’or déclaré par la Direction Générale des Douanes et les 15,2 tonnes revendiquées par les statistiques internationales. Localisé au Émirats Arabes Unis et déclaré en provenance du Cameroun, ce tonnage problématique relance le débat sur la transparence et la gouvernance du secteur minier camerounais.
Suspendu de l’Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives (ITIE) en janvier 2024, en raison du non-respect de la norme ITIE 2019, qui réclamait l’engagement de la société civile et la liberté d’expression. Le pays de Paul Biya doit apporter des mesures correctives à une vingtaine d’exigences. Le temps de la prochaine validation qui interviendra en avril 2027 ; à l’exception des questions relatives à la transparence sur les contrats extractifs et celles sur les bénéficiaires effectifs. Le pays a fourni de nombreux efforts pour permettre une meilleure disponibilité des données sur les paiements déclarés par les entreprises du secteur extractif, y compris la société publique nationale pétrolière, et sur les revenus perçus par les entités gouvernementales appropriées. Cependant, ce nouveau scandale minier pourrait rebattre les cartes et compromettre le retour en grâce du Cameroun au sein de l’Initiative Internationale.
Plus de 150 milliards FCFA de taxes minières perdues
Au fil des années, l’Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives n’a cessé de tirer la sonnette d’alarme pour une meilleure gestion du secteur minier au Cameroun. Vu les pertes en taxe qui culminent à près de 165 milliards FCFA annuellement, affirment les experts. L’ITIE avait même recommandé au gouvernement camerounais de mettre en place un système de traçabilité pour l’or artisanal ; de renforcer les contrôles aux frontières et de mettre en place un cadre de coordination efficace entre la douane, la société nationale des mines (Sonamines) et les forces de sécurité. Bien que les efforts engagés se soient soldés par des saisies dans les aéroports de Douala et Yaoundé, et même au niveau des frontières. Le trafic des minéraux précieux continue de prospérer, au grand dam du Trésor Public qui se retrouve fragilisé dans la collecte de la taxe dédiée.
L’enfer c’est le voisin
En ce moment où l’opinion publique nationale et internationale ne cesse de se questionner pour savoir où va l’or du Cameroun. Un communiqué radio presse daté du 29 décembre 2025 donne quelques indications, tout en fournissant un éclairage sur la présence de 15,2 tonnes d’or d’origine camerounaise sur le marché émirati. Si le document signé du ministre par intérim des mines, Fuh Calistus Gentry révèle que, « Au demeurant, les actions menées par le ministère en charge des mines et la Sonamines ont permis d’augmenter les réserves d’or du Cameroun de trente-sept (37) Kg à environ mille cinq cent (1500) Kg au cours des dernières années ».
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La même source précise que, l’or produit au Cameroun provient essentiellement de l’artisanat minier et semi-mécanisé qui se mènent sans étude de faisabilité préalable. Ce qui a pour conséquence de ne pas permettre à l’Etat camerounais, d’anticiper sur la production attendue. Dans une approche de justification des faits relevés par le rapport ITIE 2023, le ministre intérimaire des mines assure que, « … Les écarts observés découlent des difficultés de contrôle lors de la sortie du territoire dues à la porosité des frontières terrestres utilisées en grande partie par les exploitants. De même, l’utilisation de l’origine Cameroun par les exportateurs des pays voisins pour acheminer l’or aux Émirats Arabes Unis concourent à l’explication de ces écarts ».
Face à ce dilemme, et pour atténuer l’impact néfastes des problèmes identifiés, le Gouvernement du Cameroun préconise dès janvier 2026, « la fermeture des sites d’exploitation minière artisanale et semi-mécanisé de l’or qui ne dispose pas d’un système de traitement de gravier de gravier en vase clos, le renforcement des moyens financiers et technologiques de la Sonamines pour le rachat de l’or produit au Cameroun et le contrôle de la production à distance par des moyens modernes, le développement de la mine industrielle dont les études de faisabilité permettent de faire des prévisions de production ».



