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Perspectives macroéconomiques : La Banque mondiale revoit à 4,1 % la croissance de l’Afrique subsaharienne en 2026, sous l’effet des tensions géopolitiques

La reprise économique attendue en Afrique subsaharienne perd de son élan. Dans sa dernière mise à jour sur la conjoncture du continent, la Banque mondiale a abaissé sa projection de croissance pour 2026 à 4,1 %, contre 4,4 % anticipés quelques mois plus tôt. En toile de fond, la dégradation rapide de la situation au Moyen-Orient, la remontée attendue des prix de l’énergie et des engrais, ainsi que le recul possible des capitaux extérieurs fragilisent une région déjà confrontée à un lourd service de la dette et à des vulnérabilités structurelles persistantes.

La trajectoire de croissance de l’Afrique subsaharienne s’annonce moins robuste que prévu en 2026. Selon la Banque mondiale, l’intensification du conflit au Moyen-Orient depuis la fin du mois de février a rebattu les cartes macroéconomiques pour plusieurs économies africaines, particulièrement celles qui restent fortement dépendantes des importations de carburants, d’intrants agricoles et de financements étrangers. La nouvelle estimation de 4,1 % traduit un environnement international devenu plus instable.

L’institution souligne que la flambée potentielle des coûts du pétrole, du gaz et des fertilisants pourrait raviver les tensions inflationnistes, au moment même où plusieurs pays commençaient à retrouver une certaine stabilité des prix. Cette détérioration intervient alors que le taux médian d’inflation dans la région avait ralenti à 3,7 % en 2025, après 4,4 % un an plus tôt. Mais cette accalmie pourrait être de courte durée. Pour 2026, la Banque mondiale anticipe un rebond à 4,8 %, nourri par les perturbations des marchés énergétiques et les difficultés logistiques autour du détroit d’Ormuz.

Quatre canaux de transmission du choc

Le rapport identifie quatre principaux vecteurs de propagation de la crise vers l’Afrique subsaharienne : le commerce, les investissements, la finance et la main-d’œuvre. Le premier choc attendu concerne les échanges commerciaux. La volatilité des cours du pétrole et des engrais menace directement les balances extérieures des pays importateurs nets d’énergie. Pour ces économies, la hausse de la facture énergétique risque d’alourdir les déficits, de renchérir les prix intérieurs et de réduire le pouvoir d’achat des ménages. Le second canal touche les flux d’investissements. Ces dernières années, les pays du Golfe se sont imposés comme des partenaires stratégiques de premier plan dans les infrastructures, l’énergie, les mines et l’agriculture en Afrique. Or, l’aggravation du conflit pourrait pousser les fonds souverains et les grands investisseurs institutionnels à temporiser certains engagements, voire à redéployer leurs capitaux vers des zones jugées moins risquées.

La finance constitue un troisième facteur de vulnérabilité. Le durcissement des conditions monétaires internationales, conjugué à une hausse des primes de risque, pourrait rendre l’accès au crédit plus coûteux pour les États et les entreprises africaines. Cette situation est d’autant plus préoccupante que plusieurs gouvernements font déjà face à des échéances élevées de remboursement de la dette. Enfin, les transferts des diasporas pourraient à leur tour subir les effets du ralentissement. Pour des pays comme les Comores, la Gambie, le Lesotho ou le Liberia, une contraction des envois de fonds pèserait directement sur la consommation des ménages et sur l’activité locale.

Une croissance à plusieurs vitesses selon les pays

La Banque mondiale insiste sur le caractère hétérogène de la dynamique régionale. Sur les 47 économies d’Afrique subsaharienne, 25 devraient connaître un ralentissement en 2026. Pour ce groupe, la perte moyenne atteindrait 0,7 point de pourcentage par rapport à 2025. Certaines économies verront leur cadence nettement se contracter. Le Sénégal figure parmi les pays les plus exposés, avec une baisse marquée de son rythme de croissance. Le Zimbabwe, le Rwanda, l’Éthiopie, le Ghana et le Bénin sont également cités parmi les États susceptibles de subir une décélération sensible. Cette évolution reflète des structures économiques diverses : exposition aux importations énergétiques, dépendance aux financements extérieurs, sensibilité aux investissements étrangers ou encore vulnérabilité des chaînes logistiques.

Les pays riches en ressources mieux positionnés

À contre-courant, les économies dotées d’importantes ressources naturelles pourraient mieux résister au choc. La Banque mondiale table sur une progression moyenne de leur croissance, de 3,2 % en 2025 à 3,4 % en 2026. Cette embellie serait portée par le maintien d’une demande internationale solide pour les produits agricoles, les métaux précieux, ainsi que les minéraux critiques indispensables aux transitions énergétique et numérique. Deux leviers commerciaux devraient également soutenir cette résilience au second semestre. D’une part, la prolongation du dispositif américain AGOA pourrait continuer à stimuler certaines exportations manufacturières et agricoles. D’autre part, l’entrée en vigueur de l’initiative chinoise d’exonération tarifaire en faveur des pays africains à partir de mai 2026 offrirait de nouveaux débouchés.

Des gains encore sous menace

Malgré ces poches de résistance, la Banque mondiale appelle à la prudence. La montée des tensions géopolitiques, la fragmentation croissante des échanges mondiaux et le risque d’un durcissement financier brutal pourraient rapidement éroder les bénéfices attendus. Pour la région, l’enjeu dépasse la seule croissance du PIB. Il s’agit aussi de préserver l’emploi, de contenir l’inflation sociale et de protéger les ménages les plus vulnérables, souvent les premiers touchés par la hausse des prix de l’alimentation et de l’énergie. En filigrane, le message de l’institution est clair : dans un monde traversé par des secousses géopolitiques de plus en plus fréquentes, la solidité des économies africaines dépendra autant de leur capacité à mobiliser leurs ressources internes que de leur aptitude à diversifier leurs partenaires et leurs moteurs de croissance.

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