Politique forestière : Le Cameroun allège la pression fiscale pour verdir l’exploitation du bois
Dans sa loi de finances 2026, l’État camerounais introduit une baisse ciblée de la redevance forestière annuelle. Une incitation présentée comme un levier pour promouvoir la gestion durable des forêts, dans un secteur miné par l’illégalité, la sous-déclaration et d’importantes pertes fiscales.

Le gouvernement camerounais modifie les règles du jeu fiscal dans le secteur forestier. À partir du 1er janvier 2026, les entreprises titulaires d’un titre d’exploitation bénéficieront d’une réduction de la redevance forestière annuelle (RFA), un impôt clé versé à l’État par les exploitants du bois. La mesure, introduite par la loi de finances pour l’exercice 2026, prévoit un abattement de 25 % sur le montant dû, porté à 35 % pour les sociétés disposant d’une certification attestant d’une gestion durable des forêts. Selon le ministre des Finances, Louis Paul Motazé, cette disposition vise à encourager des pratiques plus responsables dans un secteur stratégique pour l’économie nationale, tout en luttant contre l’exploitation forestière illégale et les dérives environnementales.
Cette réforme intervient dans un contexte de fortes tensions autour de la gouvernance forestière. Les autorités reconnaissent que l’exploitation illégale et certaines pratiques abusives d’opérateurs pourtant autorisés continuent de fragiliser les écosystèmes et de priver l’État de ressources financières substantielles. D’après une estimation de l’Agence nationale d’investigations financières (ANIF), l’exploitation forestière et faunique illégale engendre un manque à gagner annuel évalué à près de 33 milliards de FCFA. Des correspondances administratives internes, révélées dans des rapports officiels, faisaient déjà état dès 2019 de la nécessité d’engager des poursuites contre les réseaux impliqués.
Mais pour plusieurs organisations de la société civile, le cœur du problème ne réside pas uniquement dans l’exploitation clandestine. Les pertes fiscales les plus lourdes proviendraient de pratiques de sous-déclaration des volumes et des valeurs de bois exportés par certains exploitants légalement établis. Des rapports publiés par des ONG environnementales estiment qu’entre 2014 et 2017, ces manipulations déclaratives auraient privé le Trésor public camerounais de plus de 170 milliards de FCFA, notamment dans les échanges commerciaux avec le Vietnam. Les chiffres reposent sur la comparaison entre les valeurs déclarées à l’exportation depuis le Cameroun et celles enregistrées à l’importation au Vietnam.
Les flux commerciaux entre Yaoundé et Hanoï concentrent une part importante des critiques. En quelques années, le Vietnam s’est hissé au rang de deuxième débouché du bois camerounais, tandis que le Cameroun est devenu le principal fournisseur de grumes tropicales du marché vietnamien. Selon plusieurs enquêtes indépendantes, ce commerce serait marqué par des transactions financières opaques, des paiements en espèces et des violations répétées des règles d’exportation. Des pratiques assimilées à de l’évasion fiscale et, dans certains cas, à du blanchiment, souvent dissimulées derrière une documentation administrative en apparence conforme. Avec la réduction de la RFA, l’État camerounais fait le pari qu’un signal fiscal positif encouragera les exploitants à se formaliser et à investir dans des certifications durables. Reste à savoir si cette incitation suffira à endiguer les pratiques frauduleuses et à renforcer le contrôle effectif d’un secteur où les enjeux économiques, environnementaux et financiers restent étroitement imbriqués



