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Politique monétaire : La BEAC remet le guichet spécial au cœur du financement de projets stratégiques au Cameroun

Longtemps resté dans l’ombre des instruments classiques de politique monétaire, le guichet spécial de refinancement de la BEAC refait surface. La banque centrale a mobilisé plus de 72 milliards de FCFA pour accompagner deux projets structurants au Cameroun, portés par Camtel et le groupe Bocom, illustrant une implication plus directe dans le financement de l’économie réelle.

La Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) a récemment validé une enveloppe globale de 72,5 milliards de FCFA en faveur de deux investissements majeurs au Cameroun. Cette décision, prise par le Comité de politique monétaire (CPM), s’inscrit dans l’activation du guichet spécial de refinancement, ex-guichet B, un mécanisme existant depuis les années 1980 mais longtemps sous-exploité. L’objectif affiché est clair : renforcer l’appui aux investissements productifs dans la zone CEMAC, via un refinancement accordé aux banques commerciales qui portent les projets auprès de l’institut d’émission.

Le premier bénéficiaire est G-Stones, filiale minière du groupe Bougne Compagnie (Bocom). L’entreprise, engagée dans le développement du projet de mine de fer de Bipindi Grand-Zambi, obtient 41,2 milliards de FCFA. Ce soutien intervient en complément d’un financement bancaire plus large, destiné à un projet minier évalué à plusieurs dizaines de milliards de dollars et orienté vers une production industrielle de long terme. Le second dossier concerne Camtel. L’opérateur public des télécommunications a sécurisé un prêt de 52 milliards de FCFA pour accélérer le déploiement des réseaux 2G, 3G et 4G sur l’ensemble du territoire. Le guichet spécial couvre 60 % de ce montant, soit 31,3 milliards de FCFA, afin d’améliorer la connectivité des capitales régionales, des départements et des pôles universitaires.

Dans ce schéma, la BEAC refinance jusqu’à 60 % du coût d’un projet, au taux directeur, pour des maturités pouvant aller jusqu’à sept ans. Les banques commerciales apportent une partie complémentaire du crédit, tandis que le promoteur mobilise un apport propre. Les montants les plus élevés, au-delà de 20 milliards de FCFA, relèvent de l’arbitrage du CPM.

Malgré son potentiel, ce mécanisme reste largement ignoré dans la sous-région. À ce jour, seuls le Cameroun et le Congo en font un usage significatif. Au Cameroun, les encours sont passés de moins de 5 milliards de FCFA en 2019 à plus de 150 milliards en 2025, avec de nombreux dossiers en instruction.

Sous l’impulsion du gouverneur Yvon Sana Bangui, la BEAC entend redonner de l’élan à cet instrument, notamment en assouplissant certaines conditions d’accès. Pour la banque centrale, le guichet spécial peut aussi devenir un levier de préservation des réserves de change, en finançant des projets d’import-substitution comme la réhabilitation de la Sonara. Reste un défi majeur : faire connaître cet outil auprès des opérateurs économiques, alors même que le débat demeure sur la place d’un tel financement dans le rôle traditionnel d’une banque centrale.

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