Privatisation bancaire : Les salariés de la CBC invités à prendre les commandes du capital
L’État camerounais réserve une priorité inédite aux dirigeants et employés de la Commercial Bank Cameroon pour racheter la majorité de ses parts publiques. Cette option interne vise à sécuriser la transition vers une gouvernance privée tout en ancrant la banque dans un actionnariat local.

Dans une correspondance officielle datée de février 2026, la Présidence de la République a ouvert une période d’exclusivité au profit des cadres et salariés de Commercial Bank Cameroon. L’objectif est clair : permettre à ces acteurs de se porter acquéreurs de 51 % du capital actuellement détenu par des participations publiques. Cette orientation s’inscrit dans le chantier plus vaste de réorganisation du secteur bancaire, engagé depuis plusieurs mois par les autorités.
En privilégiant une reprise par l’interne, le gouvernement mise sur la connaissance fine des rouages de l’établissement et sur la préservation de ses activités courantes. Les analystes estiment que cette formule réduit les risques de rupture managériale et favorise une transition plus fluide vers un modèle totalement privé. La démarche entend également reconnaître l’expertise accumulée par les équipes en place dans un environnement bancaire de plus en plus concurrentiel.
La fenêtre accordée n’est toutefois ni illimitée ni automatique. Les candidats devront se regrouper en consortium et prouver leur capacité à mobiliser les ressources financières requises. Les autorités attendent aussi un projet stratégique crédible pour la conduite future de la banque. Cette exigence vise à éviter une simple redistribution d’actions sans vision industrielle, et à s’assurer que la CBC reste solide après l’opération.
Avec un réseau dense d’agences et un rôle majeur dans le financement des entreprises, la banque demeure un maillon essentiel du tissu productif national. D’après les données de la Commission bancaire du Cameroun, son portefeuille de crédits a dépassé 450 milliards FCFA en 2025, tandis que le taux de créances douteuses est resté contenu autour de 4,5 %. Ces indicateurs renforcent l’intérêt stratégique de l’opération pour l’État comme pour les investisseurs potentiels.
Les spécialistes du secteur soulignent que la réussite de cette reprise dépendra autant des fonds réunis que de la capacité à moderniser l’offre. Digitalisation des services, amélioration de la gouvernance et éventuels partenariats régionaux figurent parmi les chantiers jugés prioritaires. Une privatisation partielle pourrait ainsi ouvrir la voie à des alliances avec d’autres groupes financiers africains en quête d’ancrage sur le marché camerounais.
Au-delà du cas CBC, cette initiative traduit la volonté des pouvoirs publics de favoriser un capitalisme de proximité, où les acteurs locaux deviennent les premiers propriétaires des institutions stratégiques. Pour le marché, le message est net : la consolidation et la modernisation passent désormais par l’implication directe des équipes dans le capital. Les prochains mois diront si cette formule participative parvient à transformer l’essai et à installer durablement la CBC parmi les banques les plus compétitives de la sous-région.



