Rachat d’Actis : Paradoxe d’une renationalisation du secteur énergétique camerounais biaisée

Le 19 novembre 2025, l’État Camerounais a acquis 95% du capital d’Eneo. Une participation en hausse soutenue par le rachat à 78 milliards de Fcfa, des 51 % détenus par le fonds d’investissement britannique, Actis. Dans la foulée, Yaoundé a exposé ses grandes priorités ; mais des zones d’ombre demeurent. Qu’en sera-t-il de l’application de certaines dispositions du décret du 04 mai 2020 et des étapes nécessaires à la renationalisation de l’entreprise.
Entre fin 2025-fin2026, le gouvernement camerounais ambitionne de relancer définitivement le secteur énergétique national. Dans ses projections à court terme ; il sera d’abord question d’élaborer un diagnostic assorti d’un plan de redressement de l’entreprise et de restructurer la dette globale d’Eneo qui culmine à 800 milliards de Fcfa fin 2024.
Des perspectives flatteuses dans un flou institutionnel
Sauf glissement de délai, le plan d’action à fin 2026 devrait voir concrétisé la mise en place d’une politique tarifaire dont l’objectif est de maîtriser les coûts et rentabiliser les investissements des opérateurs dans les zones isolées ; la création d’un mécanisme de recouvrement des factures d’électricité auprès des entités publiques notamment les administrations, entreprises d’État et municipalités, lesquelles accumulent le plus d’arriérés. De plus ; un texte règlementaire définissant les modalités de paiements des factures d’électricité de l’Etat central devrait être actionné.
Au-delà de la catégorisation des entités publiques prioritaires et non prioritaires en matière de coupures d’énergie, des mécanismes de maitrise de l’énergie dans les bâtiments publics et structures publiques devraient voir le jour. Outre l’ambition d’atteindre un rendement de distribution de 90 % d’ici 2030 contre 70% actuellement ; l’Etat du Cameroun compte régler les insolvabilités de consommation d’électricité de ses entités en puisant directement dans les budgets respectifs des insolvables … etc. Si cet ensemble de mesures devrait vivifier un secteur énergétique à l’agonie. Un vide managérial semble se dessiner tout de même.
Eneo bis, EDC, des investisseurs étrangers : à l’honneur ?
Le succès de l’opération de rachat des parts d’Actis doit inéluctablement conduire à une réforme intégrale de l’ossature d’Eneo. En effet, le concessionnaire du service de l’électricité devrait passer d’une entreprise privée d’économie mixte avec ses propres règles en matière de commande à une entreprise publique d’économie mixte. Certes de droit privé ; celle-ci sera assujettie à la loi du 12 juillet 2017 portant statut général des entreprises publiques. Seul bémol ; peu d’informations circulent le modèle qui sera implémenté pendant la phase de transition d’une durée d’un an.
À défaut de créer une nouvelle structure publique où EDC pourra transformer en actions ses 200 milliards Fcfa de redevance d’eau impayés ; de céder des parts de plus de 50 % à un investisseur étranger. Les experts penchent sur la mise en application de l’article 5 alinéa 1a du décret de mai 2020 ; lequel habilite EDC de « suppléer ; à titre transitoire ; à la défaillance de tout opérateur ou de tout exploitant dans le secteur de l’électricité, en vue d’assurer le service public ». Par ailleurs, les mêmes sources mettent en vitrine l’idée de permettre à EDC d’absorber toute l’activité de production historique. Objectif, optimiser les charges managériales pour pallier les charges d’exploitation et de maintenance jugées plus élevées que la valeur autorisée. Eclairage, sur la période 2017-2021 ; sur des charges autorisées de 481milliards, Eneo a réalisé 558 milliards FCFA, soit un dépassement de 77 milliards FCFA.
Rachat de parts et renationalisation ; l’éternelle ambiguïté
Le processus de rachat des actions d’Actis devrait être finalisé d’ici 2025, révèlent les canaux officiels. Mais la convention signée pour marquer le processus, interroge au sein de l’opinion publique : le rachat des parts marque-t-il la renationalisation du secteur énergétique camerounais ?
Littéralement ; le Cameroun a acquis une fraction d’Eneo afin d’en devenir le propriétaire unique ou d’augmenter sa participation. Et si son nouveau statut laisse penser à une renationalisation ; vu des spécialistes, il n’en est pas encore pas le cas, car le processus de renationalisation obéit à certains préalables. De l’avis d’un expert ayant requis l’anonymat ; la renationalisation d’Eneo sera acté lorsque le Cameroun aura « renégocié les contours de la dette dû par l’entreprise ; redressé le segment de la production en attirant des producteurs indépendants ; revu les contrats d’achat d’électricité avec les entités tels que Kribi et Dibamba Power Development Company ».
Pour rappel, l’histoire de la privatisation du secteur électrique se chiffre en milliards. Livré à l’américain Aes Sirocco pour 23 milliards de Fcfa en 2001 puis revendu pour 99 milliards de FCFA au fonds d’investissement britannique Actis en 2014. Eneo devrait revenir sous le giron de l’Etat pour un cout global de 878 milliards, dettes comprises.


