Ressources naturelles : Le Cameroun resserre l’étau sur l’or artisanal pour freiner la fuite vers Dubaï
Confronté à une contrebande massive d’or qui échappe aux circuits officiels, le Cameroun annonce une série de mesures visant l’exploitation artisanale et semi-mécanisée. Objectif : mieux contrôler la production locale et endiguer les exportations illicites, en grande partie dirigées vers les Émirats arabes unis.

Bien que le sous-sol camerounais recèle un potentiel aurifère reconnu, le pays ne dispose d’aucune mine d’or industrielle en activité. L’essentiel de la production repose sur des mineurs artisanaux, dont seule une infime partie transite par les canaux légaux. En 2023, les exportations officiellement déclarées n’ont atteint que 22,3 kilogrammes. Pourtant, les statistiques du commerce international font état de plus de 15 tonnes d’or importées depuis le Cameroun la même année, révélant un écart spectaculaire.
Face à ce constat, le gouvernement a décidé de durcir le ton. À partir de janvier 2026, plusieurs sites d’exploitation artisanale et semi-mécanisée pourraient être fermés s’ils ne respectent pas de nouvelles exigences techniques, notamment l’utilisation de systèmes de traitement du gravier minéral en circuit fermé. Les autorités estiment que ces normes permettront de mieux tracer la production et de limiter les détournements.
Autre levier envisagé : le renforcement du rôle de la Société nationale des mines (SONAMINES), chargée d’acheter l’or produit localement. En centralisant les achats, l’État espère reprendre la main sur un secteur largement informel. Parallèlement, Yaoundé souhaite encourager l’émergence de projets miniers industriels, jugés plus faciles à encadrer et à contrôler que l’artisanat diffus.
La majorité de l’or camerounais non déclaré prend la direction des Émirats arabes unis, devenus un centre névralgique du commerce mondial du métal précieux. Selon des organisations internationales, une part importante de l’or africain qui transite par Dubaï proviendrait de filières opaques. La porosité des frontières terrestres en Afrique centrale facilite également le mélange de productions régionales, exportées sous l’étiquette camerounaise.
Si l’efficacité des mesures camerounaises reste à démontrer, d’autres pays du continent montrent que des progrès sont possibles. Au Burkina Faso, la formalisation accrue des mineurs artisanaux et le renforcement de l’organisme public chargé de l’achat d’or ont permis d’augmenter significativement les volumes collectés en quelques mois. Un modèle que le Cameroun observe de près, dans l’espoir de transformer une richesse largement informelle en véritable moteur économique national.



