Secrétariat Général de l’ONU : L’Afrique se repositionne après 34 ans
De l'égyptien Boutros Boutros Ghali au ghanéen Koffi Atta Annan, et peut-être le sénégalais Macky Sall au soir du 1er janvier 2027. Le continent africain rêve à nouveau du poste de secrétaire général des Nations Unies. Au plus près de cet exploit qui se profile à l'horizon, un silence de tombe sévit à Dakar. Les autorités sénégalaises ne semblent pas intéressées par le cas de leur compatriote, sa candidature étant jusqu'ici plébiscité par le Burundi dont le président, Evariste Ndayishimiye, vient d'hériter de la présidence de l'Union Africaine.

« Nous avons reçu une nouvelle candidature, il s’agit de Macky Sall, ancien président du Sénégal. Il a été nommé par la république du Burundi qui a présenté les documents », l’annonce faite par La Neice Collins, porte-parole de l’Assemblée générale de l’ONU a fait l’écho d’une bombe et n’aura servi qu’à amplifier les interrogations. Contrairement à la règle qualifiée d’objective par les experts, laquelle repose sur le fait que les candidatures soient portées par des Etats dont le candidat est originaire, ou des groupes d’états. Celle de Macky Sall n’a pas jusqu’ici été présentée par le Sénégal, son pays d’origine ou même soutenu par la plupart des pays africains, excepté le Burundi.
Dakar serait-il contre la présence d’un de ses fils à la tête d’un poste aussi clé que stratégique ?
Si le ministère des Affaires étrangères du Sénégal n’a pas souhaité commenter cette actualité. Sur le sol sénégalais, entre soutien et désaveu, le candidat Macky Sall fait face à un procès public. Pour un groupe, la dette cachée d’environ 7 milliards de dollars révélés par les nouvelles autorités et confirmée par le FMI ; la responsabilité de l’ancien président sénégalais est engagée dans la mort de plus de 70 jeunes entre 2021 et 2022 sont les éléments phares qui justifient le mutisme des autorités dakaroises.
Un avis soutenu par Seydi Gassama, le directeur exécutif d’Amnesty International Sénégal. Pour lui, « l’Union Africaine ne doit pas soutenir la candidature à une fonction élective internationale d’un ancien dirigeant dont le régime a commis de graves violations des droits humains ». Car poursuit-il, « … Un des objectifs de l’Union Africaine est de promouvoir et de protéger les droits de l’homme et des peuples conformément à la CADHP (Commission africaine des droits de l’homme et des peuples) et aux autres instruments pertinents relatifs aux droits de l’homme (art. 3h Acte Constitutif) ».
Aux antipodes de ceux qui sont défavorables à la candidature de l’ancien chef de l’État. Macky Sall sait bénéficier de quelques soutiens au sein de l’opposition et en dehors. Même s’il reconnaît que les points faibles de la candidature de Macky Sall résident sur les polémiques liées à la fin de son mandat notamment les violences politiques, le report de la présidentielle, ce qui constituerait des points noirs. À en croire Souleymane Ba, l’expert consultant en relations internationales, « … Au regard de son parcours au Sénégal, plusieurs fois ministres, premier ministre, président de l’Assemblée nationale et président de la République. Le profil de Macky Sall est en phase avec les conditions requises par le système des Nations Unies pour occuper le poste de Secrétaire général des Nations Unies ».
De plus, « Durant son magistère en tant que président, il était au cœur de l’agenda international. Il a une certaine maîtrise des dynamiques internationales et le pays qu’il dirigeait était sur la même longueur d’ondes qu’avec les cinq grandes puissances », a-t-il précisé. Quelques semaines après que la presse sénégalaise ait révélé le contenu d’une lettre. Missive que Macky Sall aurait adressée au président Bassirou Diomaye Faye afin de solliciter son appui à sa candidature à l’ONU. L’opposition semble s’engager à la cause de l’ex-président, notamment le député Abdou Mbow, fidèle soutien de ce dernier depuis son départ du pouvoir en avril 2024. D’ailleurs, Abdou Mbow a annoncé que des acteurs importants de la société civile et des syndicats vont apporter leur soutien dans les jours à venir, à la candidature de Macky Sall dans le cadre d’une initiative.
Celle-ci sera dénommée le Front pour la défense de la démocratie et de la République (FDR), une alliance qui regroupe d’éminentes figures de l’opposition, notamment Khalifa Sall, Anta Babacar Ngom, Thierno Bocoum apporte également son soutien à Macky Sall. L’organisation a même déjà envoyé une demande écrite au Président Bassirou Diomaye Faye pour lui demander de soutenir officiellement la candidature de Macky Sall.
Ce que prévoit le processus de nomination du Secrétaire général
La nomination du Secrétaire général de l’ONU obéit à un processus bien connu. Son élection repose sur la résolution 79/327. Selon cette dernière, qui s’appuie d’ailleurs sur les résolutions précédentes en la matière. Le processus de sélection et de nomination du Secrétaire général se déroule comme suit :
Une lettre conjointe du Président de l’Assemblée générale et du Président du Conseil de sécurité lance le processus. Les candidats sont proposés par un État membre ou un groupe d’États membres et fournissent une déclaration de vision, un curriculum vitae et des informations sur le financement de leur campagne.
Le président de l’Assemblée générale organise des dialogues interactifs diffusés sur Internet avec tous les candidats. Le président de l’Assemblée générale et le président du Conseil de sécurité informent conjointement les États Membres de la présentation des candidatures. Les lettres conjointes du président de l’Assemblée générale et du président du Conseil de sécurité servent à informer conjointement les États Membres et à transmettre les communications originales reçues des États Membres ayant présenté des candidats.
Le président de l’Assemblée générale collabore étroitement, de manière transparente et inclusive, avec les États membres. C’est en effet uniquement sur recommandation du Conseil que l’Assemblée peut élire le secrétaire général pour un mandat de cinq ans renouvelables une fois.
Une rotation pas suivie
Selon une tradition de rotation géographique, le poste est réclamé cette fois-ci par l’Amérique latine. Mais à l’observation, cela n’est toujours pas le cas. Pour l’heure, le Président de l’Assemblée générale de l’ONU a annoncé que les dialogues interactifs qui seront diffusés sur le web seront organisés au cours de la semaine du 20 avril 2026. Il s’en suivra ensuite une phase d’évaluation des candidats et des entretiens informels avec le Conseil de sécurité qui privilégie souvent le consensus pour la recommandation.
Le processus devrait être clos en 2026 avec une recommandation du Conseil de sécurité ; en particulier les cinq pays membres permanents ayant le droit de veto (Etats-Unis, Chine, Russie, Royaume-Uni, France), et dont les choix vont peser lourd par rapport au prochain secrétaire général de l’ONU. La dernière étape étant le vote formel de l’Assemblée générale pour la nomination du ou du prochain secrétaire général qui aura un mandat de 5 ans renouvelable une fois.



