Secteur ferroviaire : L’Algérie met sur rails son grand corridor minier du Sud-Ouest
Les premiers essais techniques viennent de démarrer sur la ligne ferroviaire Béchar–Tindouf–Gara Djebilet, un projet clé pour la valorisation du gigantesque gisement de fer du Sud-Ouest algérien. Cette infrastructure stratégique s’inscrit dans une ambition plus large de transformation logistique, industrielle et territoriale du pays.

L’Algérie a franchi un nouveau jalon dans le développement de son réseau ferroviaire avec le lancement des essais techniques sur la ligne reliant Béchar à Gara Djebilet, via Tindouf. Ces tests marquent la dernière ligne droite avant l’entrée en exploitation commerciale de cet axe ferroviaire, programmée pour 2026. Conçue en priorité pour le transport de marchandises lourdes, la ligne doit soutenir l’acheminement massif de minerai de fer extrait dans l’extrême Sud-Ouest du pays. Long d’environ 950 kilomètres, le tracé traverse des zones désertiques longtemps restées en marge des grands réseaux de transport. Sa réalisation est le fruit d’une coopération entre des entreprises publiques algériennes spécialisées dans les infrastructures et le groupe chinois CRCC, acteur majeur du génie civil ferroviaire.
Au-delà de la performance technique, cette nouvelle ligne est pensée comme le socle logistique de l’exploitation du gisement de Gara Djebilet, l’un des plus vastes réservoirs de fer au monde. L’objectif est double : sécuriser le transport de volumes industriels de minerai vers les unités de transformation locales, tout en facilitant leur acheminement vers les ports d’exportation. Les autorités algériennes ambitionnent ainsi de structurer, à moyen terme, un véritable pôle métallurgique régional, capable de capter davantage de valeur ajoutée sur place et de réduire la dépendance aux exportations de matières premières brutes.
Ce projet s’inscrit dans la stratégie nationale de transfert modal, qui vise à rééquilibrer les flux de transport au profit du rail. En réduisant la pression sur les routes, l’État entend limiter les coûts logistiques, améliorer la sécurité et renforcer la compétitivité des filières minières, industrielles et agricoles. Plus largement, Alger affiche l’ambition de porter son réseau ferroviaire à 15 000 kilomètres d’ici 2030. Une trajectoire spectaculaire au regard de l’histoire du secteur : le pays ne disposait que d’environ 1 000 kilomètres de voies ferrées au lendemain de l’indépendance en 1962. Après une longue phase de stagnation, les investissements accélérés des vingt dernières années ont permis d’atteindre près de 4 700 kilomètres en 2023, avec plusieurs milliers de kilomètres supplémentaires actuellement en chantier.
Avec la ligne Béchar–Gara Djebilet, l’Algérie ne se contente plus de relier des territoires. Elle trace les contours d’une nouvelle géographie économique, où le rail devient l’épine dorsale de son développement minier et industriel.



