Sécurité alimentaire : Dangote mise sur le gaz éthiopien pour bâtir un géant des engrais
Le groupe nigérian Dangote franchit une étape décisive dans son expansion africaine avec un accord gazier de 4,2 milliards de dollars. Ce partenariat vise à alimenter une future usine d’urée en Éthiopie, dans un contexte de forte dépendance du pays aux importations d’engrais.

Le groupe industriel Dangote a conclu un accord d’envergure avec l’entreprise chinoise GCL pour sécuriser l’approvisionnement en gaz naturel destiné à son projet d’usine d’engrais en Éthiopie. D’une valeur estimée à 4,2 milliards de dollars, cet engagement s’étend sur 25 ans et constitue un pilier essentiel du futur complexe industriel en construction à Gode, dans la région Somali. Le gaz sera extrait du champ de Calub, au cœur du bassin de l’Ogaden, puis acheminé via un pipeline dédié de plus de 100 kilomètres. Cette infrastructure permettra d’alimenter directement l’usine, créant ainsi une chaîne intégrée allant de l’extraction à la production d’engrais.
Attendue à l’horizon 2029, l’usine devrait produire jusqu’à 3 millions de tonnes d’urée par an. Avec cette capacité, Dangote ambitionne non seulement de satisfaire la demande nationale éthiopienne, mais aussi d’exporter vers les pays voisins. Ce positionnement s’inscrit dans une stratégie plus large du groupe, qui cherche à s’imposer comme un acteur majeur de l’industrie des fertilisants sur le continent africain, à l’image de son succès dans le ciment.
Le projet prend place dans un contexte où l’Éthiopie dépend fortement des importations pour couvrir ses besoins en engrais. En 2024, le pays a importé plus de 2 millions de tonnes de fertilisants, sans disposer d’une production locale significative. Le système d’approvisionnement reste fortement encadré par l’État, notamment à travers l’Ethiopian Agricultural Businesses Corporation, qui centralise l’essentiel des importations et organise la distribution via les coopératives agricoles.
L’implantation de cette usine pourrait marquer un tournant pour l’économie agricole éthiopienne. En réduisant la dépendance aux marchés internationaux, le pays pourrait stabiliser ses approvisionnements et mieux maîtriser les coûts pour les agriculteurs. Au-delà de l’Éthiopie, ce projet illustre une dynamique plus large : celle d’une industrialisation progressive du secteur des intrants agricoles en Afrique, portée par des investissements privés de grande ampleur.



