Sénégal : Une vaste offensive pour remettre de l’ordre dans le secteur minier
Le gouvernement sénégalais accélère la réforme de son secteur extractif. Entre révision du Code minier et retrait annoncé de plusieurs dizaines de permis, les autorités veulent renforcer la transparence et maximiser les retombées économiques des ressources naturelles.

Le Sénégal s’engage dans une refonte profonde de la gestion de ses ressources minières. Lors d’un point de presse tenu récemment, le Premier ministre, Ousmane Sonko, a dévoilé une série de mesures destinées à assainir le secteur extractif. Au cœur de cette initiative figure la décision de retirer ou de ne pas renouveler 71 titres miniers et de carrières, une mesure qui vise les entreprises n’ayant pas respecté certaines obligations réglementaires ou engagements d’investissement. Parmi ces titres figureraient notamment 14 permis aurifères ainsi qu’un permis lié à l’exploitation de sables minéralisés. Si l’identité des sociétés concernées n’a pas été révélée, le gouvernement affirme que ces décisions font suite à des irrégularités relevées lors d’un examen approfondi des titres miniers délivrés par l’État.
Le cas des Industries Chimiques du Sénégal (ICS) est particulièrement scruté. L’entreprise, qui exploite plusieurs gisements de phosphate dans le pays, est accusée de manquements dans le paiement de taxes et de redevances. Selon les autorités, ces pratiques auraient entraîné un manque à gagner pour les finances publiques évalué à plus de 1 000 milliards de FCFA depuis 2014. Cette année-là, le groupe indonésien Indorama Corporation avait pris le contrôle de la société sénégalaise. Dans ce contexte, l’État envisage de récupérer certaines concessions attribuées à l’entreprise, ce qui marque un tournant dans la relation entre Dakar et certains opérateurs miniers.
La décision du Sénégal intervient dans un climat régional marqué par des initiatives similaires. Ces derniers mois, plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest ont entrepris de revoir les conditions d’exploitation de leurs ressources naturelles. En Guinée, plus d’une centaine de permis miniers ont été retirés à des entreprises jugées défaillantes. Au Mali, les autorités ont également procédé au retrait de nombreux permis d’exploration. Le Niger, de son côté, a pris des décisions fortes dans le secteur de l’uranium en réexaminant plusieurs accords conclus avec des groupes étrangers. Ces initiatives traduisent une volonté croissante des États de reprendre le contrôle stratégique de leurs ressources et de renégocier certains contrats jugés déséquilibrés.
Pour Dakar, l’objectif affiché est double : renforcer la gouvernance du secteur et améliorer la contribution de l’industrie extractive aux finances publiques. Selon les données de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives, les activités minières, de carrières et d’hydrocarbures représentaient près de 32 % des exportations du Sénégal en 2023, pour environ 4,7 % du produit intérieur brut. Dans un contexte où la dette publique du pays reste élevée — le Fonds monétaire international évoque un niveau pouvant atteindre 132 % du PIB — les autorités cherchent à accroître les recettes issues de l’exploitation des ressources naturelles.
Parallèlement à ces mesures, le gouvernement prépare une révision du Code minier, en vigueur depuis 2016. Le futur texte devrait intégrer des règles plus strictes en matière de transparence, de suivi des investissements et de partage des revenus. Les autorités n’excluent pas non plus de réattribuer certains permis à de nouveaux partenaires jugés plus fiables. Pour le Premier ministre, l’objectif est d’encourager des collaborations équilibrées qui garantissent à la fois l’attractivité du pays pour les investisseurs et la protection des intérêts économiques nationaux. Reste désormais à mesurer les effets de cette politique dans les prochains mois, alors que plusieurs grands groupes internationaux — dont Eramet, Endeavour Mining ou encore Resolute Mining — sont présents dans l’industrie minière sénégalaise.



