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Stratégie des géants : Nestlé envisage de se délester de l’eau pour rassurer les marchés

Fragilisé par une nouvelle baisse de performance et une polémique autour de ses pratiques en France, le groupe suisse revoit ses priorités. Sa division eaux minérales pourrait être isolée ou vendue d’ici 2027, afin de recentrer la stratégie sur des activités jugées plus rentables et moins exposées.

Le mastodonte agroalimentaire Nestlé traverse une période d’ajustement. Pour la troisième année consécutive, ses résultats annuels marquent le pas. L’augmentation des coûts de production, combinée à des arbitrages internes sur certaines marques, a pesé sur la marge opérationnelle. Si ses revenus dépassent toujours les 90 milliards de francs suisses, la croissance se fait plus timide dans plusieurs segments historiques. Cette lenteur nourrit l’impatience des investisseurs, qui scrutent désormais chaque décision stratégique comme on observe un baromètre avant l’orage.

Au cœur des turbulences figure Perrier, éclaboussée par des révélations liées aux traitements appliqués à ses eaux en France. Les autorités sanitaires ont rappelé que les eaux minérales naturelles ne peuvent subir aucune désinfection chimique, une règle stricte inscrite dans la réglementation européenne. Les contrôles renforcés et le débat public ont terni l’image d’une division jusque-là réputée pour sa stabilité. Plus qu’un simple incident industriel, l’affaire a pris la forme d’un choc symbolique, mettant en lumière la fragilité d’une activité exposée aux exigences sanitaires et à l’opinion publique.

Face à cette équation complexe, la direction envisage une séparation progressive de la branche eaux. Deux scénarios dominent les discussions : une introduction en Bourse partielle ou une cession à un partenaire stratégique. Objectif affiché : simplifier l’architecture du groupe et concentrer l’investissement sur les segments les plus prometteurs, notamment la nutrition, la santé et les produits à forte valeur ajoutée. En isolant l’activité eaux, Nestlé espère aussi cantonner les risques réputationnels dans un périmètre distinct.

Le paradoxe est frappant. Le marché mondial de l’eau embouteillée continue de croître, porté par l’urbanisation et les préoccupations sanitaires. Il pèse aujourd’hui plusieurs centaines de milliards de dollars. Mais cette dynamique s’accompagne d’une concurrence accrue et de nouvelles contraintes environnementales. Les exigences en matière de recyclage des emballages plastiques, tout comme la pression sur les ressources hydriques, renchérissent les coûts et complexifient la gestion industrielle. L’eau, autrefois perçue comme un refuge sûr, ressemble désormais à un terrain miné.

Pour les analystes, la manœuvre vise avant tout à redonner de la lisibilité à la stratégie du groupe. La capitalisation boursière de Nestlé reste élevée, mais elle a connu des variations sensibles à mesure que les controverses se multipliaient. En détachant son activité eaux, le groupe envoie un signal clair : priorité à la rentabilité et à la crédibilité. La décision finale est attendue dans les prochains mois, sous réserve des conditions de marché. Elle pourrait marquer un tournant pour un acteur centenaire, qui choisit de sacrifier une part de son héritage pour mieux préparer l’avenir.

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