Terres rares : L’Afrique entre dans la grande bataille industrielle mondiale
Alors que la Chine resserre son contrôle sur les exportations de terres rares, les puissances occidentales cherchent de nouveaux partenaires pour sécuriser leurs chaînes d’approvisionnement. Dans ce contexte, plusieurs projets africains avancent vers la production et pourraient repositionner le continent comme un acteur stratégique dès 2026.

Les terres rares, ces 17 métaux indispensables aux batteries, aux éoliennes, aux véhicules électriques ou encore aux équipements militaires, sont devenues un enjeu central de la géoéconomie. En 2025, la montée des restrictions chinoises à l’exportation a agi comme un coup de tonnerre sur les marchés. Les États-Unis et leurs alliés multiplient désormais les accords pour réduire leur dépendance à Pékin. Dans cette reconfiguration, l’Afrique apparaît comme une terre encore largement inexploitée mais riche en promesses. Selon les projections d’analystes spécialisés, le continent pourrait assurer une part non négligeable de la production mondiale à l’horizon 2034, alors qu’aucune mine industrielle n’y est actuellement en activité.
Le Malawi, futur pionnier africain
Parmi les projets les plus avancés figure Kangankunde, au Malawi. Porté par une entreprise australienne, il vise une entrée en production à la fin de 2026. Les investissements nécessaires à la construction ont déjà été sécurisés et les équipements commencent à être déployés sur le site. À terme, cette mine pourrait produire plusieurs dizaines de milliers de tonnes de concentré par an, sur une durée de vie estimée à plus de quatre décennies. L’intérêt américain pour ce gisement illustre la dimension stratégique du projet. Washington y voit une possible pièce du puzzle pour réduire le déficit d’approvisionnement de ses industries.
Toujours au Malawi, Songwe Hill avance sur le front financier. Le projet prévoit une production annuelle de carbonate de terres rares sur près de vingt ans. Il bénéficie d’un double appui : celui d’institutions américaines et celui de l’Union européenne, qui soutient aussi une future usine de séparation associée en Pologne. L’ambition est claire : bâtir une filière alternative à la Chine, capable d’alimenter les marchés occidentaux.
Angola et Tanzanie, deux trajectoires opposées
En Angola, Longonjo se veut la première mine de terres rares du pays. Les travaux ont démarré en 2025, avec le soutien du fonds souverain angolais. Le projet cible une mise en service en 2027 et cherche encore à compléter son financement. Ce site attire l’attention des États-Unis, avec des discussions autour d’un appui bancaire et des partenariats industriels visant à relier la production africaine à la fabrication d’aimants permanents en Amérique du Nord. À l’inverse, en Tanzanie, le projet Ngualla a pris une tournure plus politique. Initialement développé par une société australienne, il est passé sous le contrôle d’un groupe chinois en 2025. Depuis, peu d’informations filtrent sur le calendrier de construction. Cette reprise souligne la compétition directe entre puissances pour sécuriser des ressources critiques et montre que tous les projets africains ne s’inscrivent pas dans la même logique d’alliances.
L’Afrique du Sud au cœur du jeu industriel
Le projet Phalaborwa place Pretoria dans une position singulière. Situé sur un ancien site minier, il vise la production d’oxydes de terres rares utilisés pour les aimants de haute performance. Une étude de faisabilité finale est attendue en 2026, étape décisive avant le lancement des travaux. Ce projet bénéficie déjà d’un engagement financier indirect des États-Unis via un fonds d’investissement spécialisé dans les minéraux stratégiques. Pour les autorités sud-africaines, l’enjeu est de dépasser l’exportation brute et de favoriser une transformation locale.
D’autres gisements sous surveillance
Au-delà de ces grands projets, plusieurs initiatives émergent sur le continent. En Afrique du Sud, Zandkopsdrift figure parmi les sites identifiés comme stratégiques par l’Union européenne. En Ouganda, le projet Makuutu cherche à mobiliser des financements internationaux, notamment auprès de pays membres d’un partenariat dédié à la sécurité minérale. En Namibie, le gisement de Lofdal, soutenu en partie par une agence japonaise, fait l’objet de nouvelles études pour améliorer sa rentabilité et sa viabilité industrielle.
Une opportunité, mais aussi un test pour les États africains
La montée en puissance de ces projets ouvre des perspectives économiques importantes : recettes d’exportation, création d’emplois, afflux d’investissements étrangers. Mais elle pose aussi des défis. Les gouvernements devront garantir des cadres réglementaires stables, gérer les impacts environnementaux et assurer l’adhésion des communautés locales. L’exemple du Burundi, où l’exploitation d’un site reste bloquée à cause d’un différend entre l’État et un opérateur privé, rappelle que la gouvernance est aussi stratégique que la géologie.
2026, une année charnière
À mesure que les chantiers avancent et que les alliances se nouent, l’année 2026 pourrait marquer un tournant pour l’Afrique dans la course mondiale aux terres rares. Le continent ne se contente plus d’être un réservoir de matières premières : il devient un champ de bataille économique où se croisent intérêts industriels, diplomatie et souveraineté. Si les projets annoncés se concrétisent, l’Afrique pourrait s’imposer comme un nouveau pilier des chaînes d’approvisionnement mondiales en minéraux critiques. Reste à savoir si cette ruée vers les terres rares se traduira par un véritable levier de développement ou par une nouvelle dépendance déguisée.



