A la UneEconomie numérique

Transformation numérique : Orange met 5 milliards d’euros sur la table pour accélérer sa conquête africaine

Face à l’essoufflement de ses marchés européens, Orange fait de l’Afrique et du Moyen-Orient le moteur de sa prochaine phase de croissance. Avec un programme d’investissement de plus de 5 milliards d’euros entre 2026 et 2028, l’opérateur veut étendre massivement la couverture rurale, densifier la fibre optique et développer des services numériques à forte valeur ajoutée, dans un continent devenu le cœur battant de sa stratégie mondiale.

Orange change d’orbite. Réuni à Casablanca pour présenter son nouveau plan stratégique Trust the Future, le groupe français a placé la région Afrique et Moyen-Orient au centre de ses priorités. L’ambition est claire : injecter plus de 5 milliards d’euros d’ici 2028 pour renforcer les infrastructures télécoms et soutenir la montée en puissance des usages numériques. Cette enveloppe doit permettre, entre autres, le déploiement de plus de 15 000 nouveaux sites en zones rurales, là où la connectivité demeure encore fragmentée, ainsi que le doublement du parc fibre. Dans l’esprit de la direction, la confiance devient la colonne vertébrale de cette nouvelle étape : qualité de service, cybersécurité, fiabilité des réseaux et simplicité d’usage doivent constituer les piliers de la relation client.

Le pari d’Orange repose sur une réalité difficile à ignorer : l’Afrique demeure l’un des marchés télécoms les plus prometteurs au monde. Porté par une démographie jeune, l’essor des smartphones et l’explosion des services data, le mobile y joue déjà un rôle structurant dans l’économie. Le groupe veut ainsi séduire plus de 40 millions de nouveaux abonnés 4G et 5G d’ici 2028. Fin 2025, Orange revendiquait déjà 179 millions de clients répartis sur 17 pays africains et en Jordanie, avec une progression annuelle de 14 millions d’abonnés. La base 4G dépassait 90 millions d’utilisateurs, tandis que la 5G était déjà accessible sur sept marchés stratégiques, dont le Sénégal, le Maroc, l’Égypte et Madagascar. Au-delà des chiffres, cette dynamique traduit une mutation plus profonde : la connectivité n’est plus seulement un service, mais une infrastructure vitale pour l’éducation, la finance, la santé et l’entrepreneuriat.

Orange ne veut plus se limiter au rôle d’opérateur réseau. Le groupe entend désormais transformer le continent en laboratoire de croissance pour ses activités à plus forte marge : mobile money, cloud, cybersécurité, intelligence artificielle, services aux entreprises et super-applications. Le segment B2B figure parmi les axes les plus offensifs du plan, avec une croissance à deux chiffres visée sur les services informatiques et numériques. L’intelligence artificielle devrait également irriguer la gestion des réseaux, l’automatisation des opérations et la personnalisation des offres commerciales. Cette stratégie vise un objectif plus vaste : capter une part grandissante de la valeur créée par l’économie numérique africaine, en plein décollage.

Les résultats financiers confortent cette orientation. En 2025, la zone Afrique et Moyen-Orient a été le principal moteur de la progression du groupe, générant 8,4 milliards d’euros de revenus, en hausse de 12,2 %. L’EBITDAaL a lui aussi progressé à un rythme soutenu. Mais l’horizon n’est pas totalement dégagé. Le ralentissement économique mondial, la hausse des prix de l’énergie, des denrées alimentaires et des engrais, ainsi que le durcissement des conditions financières pourraient freiner la consommation et peser sur les investissements. Dans ce contexte, Orange avance sur un fil de fibre : d’un côté, un continent encore largement sous-connecté et riche en potentiel ; de l’autre, un environnement macroéconomique plus instable. C’est précisément dans cette tension que se joue sa nouvelle frontière stratégique.

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page