Travail forcé : Washington place sept pays africains sous surveillance commerciale
Les États-Unis ont ouvert une vaste enquête visant une soixantaine de pays, dont sept en Afrique, soupçonnés de lacunes dans la lutte contre le travail forcé. Une initiative aux implications économiques et commerciales potentiellement lourdes pour les exportations du continent.

L’administration américaine a déclenché une nouvelle série d’enquêtes commerciales à l’échelle mondiale, ciblant 60 économies jugées insuffisamment engagées contre le travail forcé. Parmi elles, sept pays africains figurent en première ligne : Algérie, Maroc, Afrique du Sud, Angola, Libye, Égypte et Nigeria. À travers cette démarche, les autorités américaines cherchent à déterminer si les dispositifs nationaux en place permettent réellement d’empêcher l’entrée sur le marché de produits issus de pratiques coercitives. Washington estime que l’absence de contrôles rigoureux fausse la concurrence internationale au détriment des entreprises respectant les normes sociales.
Pour mener ces investigations, les États-Unis s’appuient sur un instrument juridique bien connu : la section 301 du Trade Act de 1974. Ce mécanisme autorise l’adoption de sanctions commerciales en cas de pratiques jugées déloyales. Des consultations ont été engagées avec les pays concernés afin d’évaluer leurs politiques publiques et leur capacité à surveiller les chaînes d’approvisionnement. En toile de fond, la possibilité de nouvelles restrictions commerciales plane, dans un contexte déjà marqué par des tensions tarifaires récentes.
Au-delà de la dimension éthique, le travail forcé constitue un véritable enjeu économique mondial. Selon l’Organisation internationale du travail, les profits tirés de ces pratiques atteindraient près de 236 milliards de dollars par an, dont environ 20 milliards générés en Afrique. Cette réalité s’explique notamment par des facteurs structurels persistants : pauvreté, informalité des économies et faiblesse des mécanismes de régulation. En 2021, près de 28 millions de personnes étaient encore victimes de travail forcé à travers le monde.
L’initiative américaine pourrait fragiliser certains secteurs clés des économies africaines, notamment les industries extractives, agricoles et manufacturières. Les exportateurs intégrés aux chaînes de valeur mondiales sont particulièrement exposés. Les échanges commerciaux entre les États-Unis et l’Afrique ont atteint plus de 83 milliards de dollars en 2025, en grande partie portés par les hydrocarbures du Nigeria et de l’Angola, ainsi que par les ressources minières et industrielles sud-africaines.
Dans ce contexte, le maintien des avantages commerciaux liés à des dispositifs préférentiels comme l’AGOA pourrait dépendre davantage du respect des normes sociales internationales. Une pression accrue qui pousse les États concernés à renforcer leurs systèmes de contrôle… sous peine de voir leurs portes commerciales se refermer.



