Travaux publics : 2026, l’année du rattrapage routier au Cameroun
Réunis début février à Yaoundé, les responsables du ministère des Travaux publics ont fixé le cap de l’année 2026 : sauver les axes stratégiques les plus dégradés, accélérer la reconstruction des corridors et réduire les coûts grâce aux matériaux locaux. Entre ambitions techniques et contraintes budgétaires, la route camerounaise est placée au cœur de la relance.

Le réseau routier national montre des signes de fatigue avancée sur plusieurs corridors majeurs. Les liaisons Yaoundé-Douala, Bertoua-Garoua-Boulaï, Edéa-Kribi ou encore Bekoko-Limbe-Idénau figurent parmi les tronçons les plus critiques. Pour 2026, le ministère des Travaux publics annonce une priorité claire : multiplier les interventions d’urgence pour restaurer la praticabilité, tout en engageant des projets de reconstruction avec l’appui des partenaires techniques et financiers. Cette orientation vise à limiter l’asphyxie économique provoquée par les coupures de trafic et à sécuriser les flux entre ports, zones agricoles et pôles urbains. Le ministère veut ainsi agir à la fois sur le court terme, par des réparations rapides, et sur le moyen terme, par des chantiers structurants.
Des résultats, mais un retard à combler
Au 31 décembre 2025, plus de 2 400 km de nouvelles routes avaient été livrées dans le cadre de la Stratégie nationale de développement 2030, sur un objectif intermédiaire de 3 600 km. Des axes comme Maroua-Mora, Sangmélima-Bikoula-Djoum ou Batchenga-Tibati font partie des sections achevées. Parallèlement, plus de 830 km de routes bitumées ont été réhabilitées, même si près de 1 000 km restent à reprendre. Les travaux en cours sur des corridors tels que Mora-Dabanga-Kousseri ou Ngaoundéré-Garoua traduisent une volonté de continuité, mais aussi l’ampleur du chantier restant. L’enjeu n’est plus seulement de construire, mais de maintenir et moderniser un réseau soumis à une forte pression climatique et économique.
Miser sur les matériaux du terroir
Autre levier mis en avant : l’utilisation accrue des matériaux locaux. Le ministère estime que le sous-sol camerounais regorge de ressources adaptées aux différentes couches de chaussées, qu’il s’agisse de sols meubles ou de roches. Pour en améliorer la résistance, des techniques de stabilisation sont recommandées, notamment avec la chaux, les liants hydrauliques, la litho-stabilisation ou les géosynthétiques. Cette option permettrait de réduire les coûts de construction et d’entretien, tout en répondant aux exigences environnementales. Les matériaux locaux sont également intégrables aux chaussées en béton, qu’il s’agisse de dalles ou de béton compacté au rouleau. Des programmes de recherche appliquée sont envisagés afin d’adapter ces solutions aux réalités climatiques et géotechniques du pays.
Moderniser la gestion des projets
Sur le plan organisationnel, l’accent est mis sur l’amélioration des performances dans la conduite des projets routiers. Les nouvelles approches combinent outils numériques, suivi en temps réel, contrôle qualité renforcé et gestion des risques. L’objectif est d’éviter les dérives de délais et de coûts, en s’appuyant sur des indicateurs de performance et la méthode de la valeur acquise. Le ministère plaide aussi pour une culture d’inventivité au sein des équipes. Dans un environnement marqué par des contraintes techniques et financières, la créativité devient un outil de résolution des problèmes, qu’il s’agisse de choix de méthodes, de gestion des équipes ou d’optimisation des impacts sociaux et environnementaux.
Un budget sous tension, mais maîtrisé
En 2025, le budget du ministère a été revu à la baisse après une modification de la loi de finances, passant d’environ 638 milliards à 611 milliards de FCFA. Cette contraction, concentrée sur les ressources externes, n’a pas, selon l’administration, bouleversé l’exécution des activités. Le taux d’engagement des ressources internes a frôlé les 100 %, signe d’une discipline budgétaire renforcée. Toutefois, des décomptes en attente d’engagement sur l’exercice 2026, estimés à plus de 80 milliards de FCFA, rappellent la nécessité d’arbitrages rigoureux. La réussite du programme 2026 dépendra donc autant de la disponibilité des financements que de la capacité à hiérarchiser les urgences.
En faisant de la réhabilitation du réseau routier une priorité nationale, le ministère des Travaux publics inscrit 2026 comme une année charnière. Entre routes à sauver, matériaux locaux à valoriser et gouvernance à moderniser, la chaussée camerounaise est appelée à devenir un moteur de la relance économique plutôt qu’un frein à la circulation des richesses.



