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Financement public : Yaoundé étale ses emprunts pour lever 400 milliards sans asphyxier les banques

Confronté à un marché régional saturé et dominé par la dette de court terme, le Cameroun affine sa stratégie d’émissions de titres publics pour 2026. Le gouvernement mise sur un calendrier progressif, un dialogue renforcé avec les investisseurs et l’ouverture à des souscripteurs étrangers afin de sécuriser ses besoins de financement sans fragiliser la liquidité bancaire.

Le programme d’endettement 2026 s’inscrit dans un cadre juridique précis. Un décret autorise le ministre des Finances, Louis Paul Motaze, à contracter jusqu’à 1 650 milliards de FCFA sur les marchés, au niveau national comme à l’international. Dans cette enveloppe, 1 000 milliards doivent provenir des marchés extérieurs, 400 milliards du marché domestique des obligations du Trésor, et 250 milliards de partenaires financiers locaux. La feuille de route a été détaillée par Samuel Tela, directeur de la Trésorerie, lors d’une intervention télévisée. Le message est clair : il s’agit d’organiser la collecte sans provoquer de tensions inutiles sur le système financier.

Première brique de la stratégie : resserrer les liens avec les investisseurs institutionnels. Le ministère prévoit une rencontre dédiée pour exposer la trajectoire d’endettement et le plan de financement annuel. L’objectif est double : clarifier les besoins de l’État et rassurer sur la soutenabilité de la dette. Cette démarche vise à éviter les émissions improvisées, souvent mal perçues par le marché. En affichant à l’avance ses intentions, le Trésor espère attirer des souscriptions plus stables, notamment de la part des banques, des assurances et des fonds régionaux.

Autre pilier : le choix d’un calendrier fragmenté. Plutôt que de rechercher des montants élevés en une seule opération, les autorités veulent procéder par vagues successives, alignées sur les besoins budgétaires et les conditions de liquidité. Cette approche vise à limiter l’effet d’éviction sur le crédit bancaire. En clair, l’État veut éviter d’absorber brutalement les ressources des banques au détriment du financement de l’économie réelle. L’étalement des émissions doit aussi offrir plus de souplesse pour ajuster les maturités et les volumes selon la demande.

Le gouvernement ne compte pas s’appuyer uniquement sur l’épargne locale. En coordination avec la BEAC, il souhaite élargir le cercle des souscripteurs à des investisseurs directs étrangers. L’expérience menée en 2025 avec Afreximbank fait figure de référence : l’institution panafricaine avait souscrit à une émission domestique équivalente à environ 200 milliards de FCFA. Cette opération a montré qu’un acteur extérieur peut intervenir sur le marché régional, apportant des volumes significatifs sans bouleverser son fonctionnement. Les autorités espèrent reproduire ce schéma avec d’autres partenaires, y compris au sein de la sous-région.

La prudence affichée s’explique par l’évolution rapide du marché des titres publics en Afrique centrale. Entre 2020 et 2025, l’encours global est passé d’environ 1 800 milliards à près de 9 000 milliards de FCFA. Les six États de la CEMAC y ont eu massivement recours pour financer leurs budgets. Conséquence : la capacité d’absorption du marché s’est réduite. Les grosses émissions deviennent plus difficiles à placer et se traduisent souvent par des emprunts à maturité courte, généralement entre six mois et trois ans.

Cette domination du court terme pose un problème structurel. Financer des projets de développement avec des dettes très brèves fragilise la soutenabilité budgétaire et accroît les risques de refinancement. C’est pourquoi le Trésor camerounais veut éviter les levées massives en une seule fois, qui conduiraient mécaniquement à ce type de profils de dette. En combinant planification, diversification des investisseurs et étalement des émissions, Yaoundé espère lever 400 milliards de FCFA sans accentuer la pression sur un marché déjà saturé. L’enjeu dépasse la simple mobilisation de ressources : il s’agit aussi de préserver l’équilibre du système financier et la crédibilité de la signature souveraine.

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