Tyrannie, corruption, détournements… : Le Cameroun se fait prêcher l’épître de la bonne gouvernance
Lors de sa visite apostolique au Cameroun, laquelle a duré du 15 au 18 avril 2026. Le Pape Léon XIV a fermement fustigé la mauvaise gouvernance, la corruption endémique et les conflits qui affligent le pays. S'adressant directement à l’élite dirigeante, l'américain a invité Yaoundé à briser les chaînes de la corruption. Dans un contexte marqué par une répartition inégale des ressources et le bradage celles-ci par un groupuscule de kleptomanes insatisfaits. L'appel du Saint Siege tombe à point nommé, tant les frustrations sociales couvent telle une bombe à retardement.

Le Cameroun classé 142e place sur 182 selon l’indice de corruption 2025 de l’ONG Transparency International, reste confronté à une forte corruption. Un rang qui le maintien dans la catégorie des pays perçus comme « fortement corrompus », sur une échelle allant de 0 (très corrompu) à 100 (très intègre).
Près de 200 milliards perdus en 4 ans, nécessite de stopper la saignée
Sur les 10 dernières années, les faits de corruption ont engendré des pertes de plusieurs milliards de FCFA pour le Cameroun. Ce qui compromet fortement les efforts de développement et accentue la fracture sociale. Sur la foi des données de la Commission nationale anti-corruption, et calculette à la main. Sur la période 2020-2024, les pertes liées à la corruption se chiffrent à 183,8 milliards de FCFA. Une spirale que l’exécutif vaticanais invite Yaoundé à interrompre.
Ainsi dans son discours aux autorités, aux représentants de la société civile et au corps diplomatique, Léon XIV a rappelé le 15 avril 2026 que, « … la transparence dans la gestion des ressources publiques et le respect de l’État de droit sont essentiels pour rétablir la confiance. ». Comparant la corruption à une idolâtrie que porte la soif aiguë du gain, le Saint Siège interpelle à nouveau, « Le véritable gain c’est le développement humain intégral, c’est-à-dire la croissance équilibrée… Que les institutions justes et crédibles deviennent des piliers de la stabilité… Le Cameroun dispose des ressources… nécessaires pour surmonter les épreuves et les conflits, et avancer vers un avenir de stabilité et de prospérité partagée… ». Des propos qui devraient davantage, inspirer les autorités camerounaises dans le combat contre la corruption.
Le Noso, un slogan de paix retrouvé qui s’éternise face à la mort
Dans la foi chrétienne, gouverner rejoint le commandement aime ton prochain comme toi-même. Loin d’être là seule crise en cours au Cameroun, le conflit qui sévit depuis fin 2016 dans les régions anglophones a déjà causé plusieurs morts et de nombreux déplacements internes. Soit plus de 6 000 morts pour 580 000 déplacés révèle les chiffres de l’ONG Human Rights Watch. Bien que courant 2019, un grand dialogue national ait été organisé, dotant les deux régions crisogènes de statuts spéciaux. Les affres de la guerre restent palpables face aux efforts de reconstruction du Chef de l’État, Paul Biya. Lequel n’a jamais daigné y faire un tour, se contentant de multiples comptes rendus soumis par ses différents émissaires. Arrivé le 16 avril 2026 dans la ville de Bamenda, l’homélie prononcée par Léon XIV pourrait rabattre les cartes. Lui qui rappelait à Yaoundé que, « La paix ne peut être réduite à un slogan : elle doit s’incarner dans un style, personnel et institutionnel, qui rejette toute forme de violence ».
La réconciliation nationale comme instrument pour l’équité
Lors de la messe célébrée le 17 avril 2026 au stade de Japoma à Douala, le Souverain Pontife a délivré des messages forts axés sur la paix, la justice et la solidarité. À l’issue de l’élection présidentielle du 12 octobre 2025 qui a plébiscité Paul Biya d’un nouveau septennat, Douala avait constitué un important foyer de la revendication. Ici, une enquête du Gecam couvrant la période de novembre à décembre de la même année, avait évalué des pertes cumulées pour l’ensemble des entreprises et les finances publiques à plus de 300 milliards de FCFA.
Dans un appel à la fin de la violence et à la réconciliation ; l’autorité pontificale a formulé l’exhortation de rejeter la violence et d’’engager activement la réconciliation nationale. Tout en invitant les fidèles et les dirigeants sur la nécessité de combattre la corruption. Dans un rapprochement avec l’évangile de la multiplication des pains, le souverain pontife a prêché pour une main qui donne plutôt qu’une main qui arrache, encourageant la solidarité envers les plus vulnérables. Un message qui va également à une jeunesse de Douala, encouragé à vivre les vertus chrétiennes et à être des acteurs de transformation sociale, dans un environnement où la justice, l’équité et la vérité sont de moins en moins vécus.
L’IA, entre utilité et dangerosité
À l’Université Catholique d’Afrique Centrale, le Pape Léon XIV a mis en garde le 17 avril contre l’utilisation de l’intelligence artificielle. Outre le fait d’alimenter « la polarisation, les conflits, les peurs et la violence » sans omettre les « ravages environnementaux » liés à la « course effrénée » aux terres rares, essentielles pour l’électronique moderne. Robert Francis Prevost dans le civil, a appelé les étudiants à privilégier « l’altérité des personnes en chair et en os » plutôt que la « réponse fonctionnelle » des chatbots, dont l’usage s’est massivement développé chez les jeunes générations. Une déclaration qui intervient alors que les critiques se multiplient contre l’utilisation par le président américain Donald Trump d’images générées par IA à des fins politiques.
Loin du champ politique, et vu l’essor du numérique », il a également dénoncé « la face cachée des ravages environnementaux et sociaux causés par la course effrénée aux matières premières et aux terres rares ». En effet, l’IA repose notamment sur l’extraction minière de cobalt, dont l’Afrique supporte le coût environnemental, social et humain. Illustration faite à la République démocratique du Congo (RDC) qui possède l’une des terres les plus riches de la planète, notamment en cuivre, cobalt, coltan et lithium. En 2024 par exemple, le pays a fourni 76 % de la production mondiale de cobalt, selon l’Institut américain d’études géologiques (USGS). Un cas précis qui souligne une nécessité, « L’Afrique a besoin d’être libérée du fléau de la corruption », a encore dit le pape, alors que l’exploitation du cobalt sur le continent est largement dominée par des puissances étrangères – notamment la Chine – dans un système miné par la corruption, qui profite peu aux populations locales malgré une richesse stratégique mondiale.



