Afrique subsaharienne : La contraction historique de l’aide bilatérale fragilise les marges budgétaires
En 2025, l’aide publique au développement destinée à l’Afrique subsaharienne a subi un net recul, retombant à 29,2 milliards de dollars. Cette baisse, qui s’inscrit dans un mouvement mondial de repli de l’APD, intervient dans un contexte de restrictions budgétaires chez les grands bailleurs et fait craindre un affaiblissement durable du financement des économies les plus vulnérables.

L’Afrique subsaharienne a vu l’un de ses principaux leviers de financement extérieur se contracter brutalement en 2025. Selon les estimations préliminaires publiées par l’OCDE, l’aide bilatérale octroyée par les membres et partenaires du Comité d’aide au développement (CAD) a chuté de 26,3 % en valeur réelle sur un an, pour s’établir à 29,2 milliards de dollars. Ce niveau demeure supérieur aux flux destinés à l’ensemble des pays les moins avancés dans le monde, évalués à 28,1 milliards de dollars. Il reste cependant largement en deçà des montants mobilisés en faveur de l’Ukraine, qui ont atteint 44,9 milliards de dollars, en tenant compte des institutions de l’Union européenne.
Le reflux ne concerne pas uniquement l’Afrique. À l’échelle globale, l’aide publique au développement a enregistré sa plus forte baisse historique. Toutes composantes confondues, l’APD versée par les pays du CAD et leurs associés s’est limitée à 174,3 milliards de dollars en 2025, contre 215,1 milliards un an plus tôt. Rapportée au revenu national brut cumulé des donateurs, cette enveloppe représente 0,26 %, contre 0,34 % en 2024. Après les pics exceptionnels liés à la pandémie de Covid-19 puis aux conséquences géopolitiques de la guerre en Ukraine, les budgets d’aide reviennent désormais à une trajectoire plus restrictive.
La diminution observée provient essentiellement de cinq grands contributeurs : l’Allemagne, les États-Unis, le Royaume-Uni, le Japon et la France, qui concentrent plus de 95 % de la baisse totale. Les États-Unis apparaissent comme le principal moteur de ce décrochage. À eux seuls, ils expliquent près des trois quarts du recul mondial, avec une chute de 56,9 % de leur APD. Le recentrage budgétaire impulsé par la doctrine « America First » de Donald Trump, marqué par la suspension puis la suppression d’une large partie des programmes de l’USAID, a profondément rebattu les cartes. Dans ce nouveau paysage, l’Allemagne prend pour la première fois la tête des bailleurs mondiaux avec 29,1 milliards de dollars déboursés.
Malgré ce contexte, huit pays du CAD sont parvenus à préserver ou renforcer leurs budgets d’aide. Quatre d’entre eux dépassent encore l’objectif onusien de 0,7 % du RNB : le Danemark, le Luxembourg, la Norvège et la Suède. L’OCDE relève également la contribution croissante de fournisseurs non membres du CAD, notamment la Turquie et les Émirats arabes unis, pour un total de 13,3 milliards de dollars.
Les perspectives restent toutefois peu encourageantes. Sur la base des annonces budgétaires déjà connues, l’OCDE anticipe une nouvelle baisse de 5,8 % en 2026. Pour les pays d’Afrique subsaharienne, cette tendance risque de réduire davantage les capacités de financement des politiques publiques, au moment où les besoins en infrastructures, en santé, en éducation et en adaptation climatique restent immenses. Le ralentissement de l’aide pourrait ainsi accentuer la pression sur des finances publiques déjà fragiles, tout en limitant l’effet catalyseur attendu des financements concessionnels.



