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Matières premières : Le caoutchouc naturel s’installe durablement dans la pénurie mondiale

Après une année 2025 marquée par une progression inhabituelle des cours, le caoutchouc naturel devrait rester sous tension en 2026. Les prévisions des producteurs font état d’un nouveau déficit entre l’offre et la demande, nourri par des contraintes climatiques, structurelles et foncières. Une situation qui redessine les rapports de force entre pays producteurs et stimule les marchés automobiles et industriels.

Le marché mondial du caoutchouc naturel s’achemine vers une nouvelle pénurie en 2026. D’après les projections de l’Association des pays producteurs de caoutchouc naturel, reprises par Reuters, le déficit pourrait avoisiner 400 000 tonnes. Ce serait la sixième année d’affilée où la production ne parvient pas à satisfaire la consommation mondiale. Dans les chiffres, la récolte globale progresserait modérément pour atteindre un peu plus de 15 millions de tonnes, tandis que la demande dépasserait ce niveau. L’écart, bien que limité en proportion, suffit à maintenir une pression durable sur les prix.

La faiblesse de l’offre ne tient pas seulement aux volumes récoltés, mais aux difficultés structurelles du secteur. Les conditions météorologiques défavorables ont réduit la productivité dans plusieurs zones d’Asie du Sud-Est. Par ailleurs, le renouvellement des hévéas, pourtant nécessaire pour améliorer les rendements, reste insuffisant, faute d’investissements après des années de prix bas. À cela s’ajoute la concurrence croissante pour l’usage des terres, notamment au profit d’autres cultures plus rémunératrices. Les petits exploitants, qui fournissent une part importante de la production mondiale, continuent d’afficher des rendements modestes, freinant toute reprise rapide de l’offre.

Tous les pays producteurs ne sont cependant pas logés à la même enseigne. La Côte d’Ivoire se distingue par une progression attendue de sa production, portée par l’extension des superficies cultivées. À l’inverse, la Thaïlande, premier fournisseur mondial, table sur une stabilisation de ses volumes, tandis que l’Indonésie anticipe un recul. Ce jeu de vases communicants modifie progressivement la hiérarchie du secteur, offrant davantage de visibilité aux producteurs africains capables d’accroître leurs capacités.

Du côté de la consommation, la dynamique reste soutenue. Les besoins augmentent en Inde et en Chine, moteurs de l’industrie manufacturière et automobile. En Europe et aux États-Unis, la reprise des immatriculations et la hausse attendue des expéditions de pneus renforcent cette tendance. Les accords commerciaux récents entre grandes économies contribuent également à fluidifier les échanges de produits à base de caoutchouc, favorisant une consommation plus élevée à l’échelle mondiale.

Cette combinaison d’une offre contrainte et d’une demande robuste se reflète déjà dans les cours internationaux. Les données de la Banque mondiale indiquent une progression des prix du caoutchouc de référence utilisé par l’industrie automobile. En janvier 2026, le kilogramme s’est établi à un niveau supérieur à celui observé à la fin de l’année précédente, confirmant une tendance haussière. Pour les pays exportateurs performants, cette situation ouvre des perspectives favorables. La Côte d’Ivoire, par exemple, a écoulé en moyenne près d’un million et demi de tonnes par an sur la période récente, générant des recettes d’exportation substantielles. Si la pénurie mondiale se confirme, ces revenus pourraient encore s’améliorer.

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