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Marchés internationaux : Le Cameroun cherche un parapluie financier pour lever 585 milliards FCFA en 2026

Pour compléter son programme d’endettement extérieur, l’État camerounais négocie un mécanisme de garantie avec la Banque africaine de développement et l’African Trade & Investment Development Insurance. L’objectif est d’obtenir de meilleures conditions de taux sur les marchés internationaux, dans un contexte encore instable.

Après avoir mobilisé 415 milliards de FCFA en janvier 2026 à Londres, le Cameroun prépare la seconde étape de son programme de financement extérieur. Il s’agit cette fois de lever 585 milliards de FCFA supplémentaires afin d’atteindre l’enveloppe globale de 1000 milliards FCFA prévue pour l’année. Cette nouvelle opération, attendue dans les prochains mois, fait l’objet de discussions avec des partenaires multilatéraux susceptibles d’apporter une garantie partielle à l’emprunt. Le ministre des Finances, Louis Paul Motazé, a présenté cette stratégie aux investisseurs à Douala, soulignant la volonté de l’État d’optimiser le coût de ses ressources.

Le principe recherché est celui du rehaussement de crédit. Concrètement, une institution bien notée sur les marchés se porte garante d’une partie du risque lié à l’emprunt. Cette couverture améliore la perception du pays auprès des investisseurs et peut entraîner une baisse du taux d’intérêt exigé. En 2024, sans garantie externe, le Cameroun avait emprunté à plus de 10 %. En janvier 2026, un montage financier incluant un swap de devises avait permis de réduire le coût de l’opération, mais la charge demeurait élevée. La garantie envisagée avec la BAD et ATIDI vise donc à franchir une nouvelle marche vers des conditions plus favorables.

Toutefois, la garantie n’est pas une baguette magique. L’histoire récente rappelle que la météo financière internationale reste capricieuse. En 2015, lors de sa première émission obligataire internationale, le Cameroun avait déjà bénéficié d’un appui partiel de la BAD, sans pour autant éviter un taux jugé élevé. La même année, le Ghana, malgré une garantie similaire de la Banque mondiale, avait obtenu un financement encore plus coûteux. Autrement dit, la qualité du parapluie ne suffit pas toujours si l’orage gronde sur les marchés. La réussite de l’opération dépendra aussi du contexte mondial, de la perception du risque souverain et de l’appétit des investisseurs pour la dette africaine.

Au-delà de la question des taux, les négociations ouvrent une perspective stratégique pour ATIDI. Depuis l’adhésion du Cameroun à cette organisation en 2021, ses interventions se concentrent surtout sur le secteur privé, notamment dans l’énergie, l’agriculture et les services financiers. Un engagement sur la dette souveraine marquerait une nouvelle étape dans la coopération. Les garanties et assurances offertes par ATIDI ont déjà contribué à attirer environ 130 milliards de FCFA d’investissements en quatre ans. Ces résultats avaient été présentés en mai 2025 à Yaoundé par son directeur général, Manuel Moses, lors du lancement officiel de ses activités dans le pays.

Pour le Cameroun, l’enjeu est double. Il s’agit d’assurer le financement du budget tout en évitant que le coût de la dette ne devienne un fardeau excessif. La recherche de garanties internationales s’inscrit dans cette logique d’équilibriste, entre besoin de liquidités et prudence budgétaire. Si les discussions avec la BAD et ATIDI aboutissent, l’État pourrait obtenir un accès plus fluide aux marchés internationaux. Mais la réussite de l’opération reposera aussi sur la confiance que le pays saura inspirer, bien au-delà des signatures apposées au bas des contrats. Dans ce ballet financier, la garantie joue le rôle du filet de sécurité, mais c’est la solidité du funambule qui décidera de la traversée.

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