A la UneConjoncture

Sécurité alimentaire : Le poisson, levier oublié contre la faim protéique en Afrique

Moins chère que la viande et plus riche que bien des alternatives, la protéine issue des écosystèmes aquatiques reste pourtant marginale dans les politiques alimentaires africaines. Un nouvel éclairage montre qu’en misant sur la pêche et surtout l’aquaculture, le continent pourrait réduire sensiblement son déficit nutritionnel.

Sur le continent, l’apport quotidien en protéines demeure inférieur à la moyenne mondiale. Selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, l’Afrique consomme en moyenne 65 grammes de protéines par jour et par habitant, contre 91 grammes à l’échelle globale. Ce retard se traduit par un déficit annuel évalué à plus de 13 millions de tonnes. Dans ce paysage, les produits halieutiques – poissons, crustacés et autres ressources aquatiques – apparaissent comme une réponse pragmatique. Un rapport récent du Forum économique mondial estime qu’en doublant la production actuelle, l’Afrique pourrait combler près du quart de ce manque protéique.

La pêche et l’aquaculture africaines totalisent aujourd’hui environ 13 millions de tonnes par an. Les experts considèrent qu’un passage à plus de 26 millions de tonnes permettrait d’apporter plus de 3 millions de tonnes supplémentaires de protéines dans les régimes alimentaires. Le poisson présente en outre un avantage économique. Les analyses de l’Organisation de coopération et de développement économiques montrent qu’en Afrique de l’Ouest, il figure parmi les sources animales les plus abordables, loin devant les produits laitiers ou les huiles. À valeur nutritionnelle comparable, il coûte souvent moins cher et se prête mieux aux habitudes culinaires locales.

Malgré ce potentiel, le secteur reste sous-exploité. La surpêche, la pollution et le réchauffement climatique fragilisent les ressources naturelles, poussant vers l’aquaculture comme solution durable. Or celle-ci demeure concentrée dans quelques pays, l’Égypte en tête, tandis que la majorité du continent accuse un retard industriel. Les intrants constituent l’un des principaux obstacles. Les aliments pour poissons, souvent importés, renchérissent les coûts de production de 10 à 20 % par rapport à la moyenne mondiale. L’alimentation représente jusqu’à 80 % des charges d’un élevage, pénalisant la rentabilité et l’expansion des fermes aquacoles.

À cela s’ajoutent des infrastructures insuffisantes. Faute de chaîne du froid performante, près d’un tiers des produits aquatiques se détériorent avant d’atteindre le consommateur. Les maladies, enfin, prospèrent dans un contexte où les systèmes de biosécurité et de diagnostic restent embryonnaires.

Au-delà de l’augmentation des volumes, la transformation offre une marge de manœuvre immédiate. Aujourd’hui, une part importante du poisson transformé est perdue, alors que les sous-produits – têtes, arêtes, peaux – concentrent des nutriments précieux. Leur valorisation en farines protéiques ou en ingrédients nutritionnels pourrait élargir l’offre sans pression supplémentaire sur les stocks. Ainsi, le défi n’est pas seulement de produire davantage, mais de produire mieux et d’utiliser chaque gramme disponible. En faisant de la pêche et de l’aquaculture des piliers de ses politiques alimentaires, l’Afrique disposerait d’un outil puissant pour rapprocher ses populations d’une sécurité nutritionnelle durable.

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page