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Sécurité alimentaire : L’élevage africain face à une contraction historique des pâturages

D’ici à la fin du siècle, le réchauffement mondial pourrait réduire drastiquement les surfaces de prairies adaptées au bétail en Afrique. Une menace directe pour des millions d’éleveurs et pour l’équilibre alimentaire du continent.

Le réchauffement climatique redessine déjà la carte des zones propices au pâturage. Selon une étude publiée par le Potsdam Institute for Climate Impact Research, l’augmentation des températures et la multiplication des sécheresses risquent de pousser les espaces herbacés hors de leurs limites climatiques habituelles. Les chercheurs se basent sur la notion d’« espace climatique sûr », une combinaison de température, de pluviométrie, d’humidité et de vent permettant aux prairies de se maintenir. Dans ce cadre, plusieurs régions aujourd’hui favorables pourraient devenir inhospitalières. Les hauts plateaux d’Éthiopie, la vallée du Rift est-africain, le bassin du Kalahari et celui du Congo figurent parmi les zones menacées de déplacement progressif vers le Sud, tandis que les pâturages côtiers, privés de marges de repli, seraient condamnés à disparaître.

Les modélisations distinguent deux trajectoires. Dans l’hypothèse d’une forte réduction des émissions mondiales, l’Afrique verrait tout de même ses prairies diminuer d’environ 16 % d’ici 2100. Mais dans un scénario de statu quo, où les émissions continuent d’augmenter, la perte pourrait atteindre jusqu’à 65 %. « Les stratégies classiques d’adaptation, comme le déplacement des troupeaux ou le changement d’espèces, risquent d’être insuffisantes », avertit Prajal Pradhan, chercheur associé à l’Université de Groningue et coauteur de l’étude. L’ampleur des transformations climatiques dépasse, selon lui, les capacités d’ajustement observées jusqu’ici.

L’élevage représente en moyenne 15 % du produit intérieur brut des pays africains et reste largement pastoral. Il assure revenus, emplois et apports en protéines à des millions de ménages. La contraction des pâturages mettrait donc en péril non seulement les troupeaux, mais aussi les moyens de subsistance de plus de 110 millions d’éleveurs sur le continent. À l’échelle mondiale, entre 36 % et 50 % des terres aujourd’hui favorables au pâturage pourraient devenir impropres d’ici la fin du siècle. Les populations les plus exposées vivent majoritairement dans des pays à faible revenu, déjà confrontés à l’insécurité alimentaire et à l’instabilité politique.

L’élevage se trouve dans une position paradoxale : victime du dérèglement climatique, il en est aussi l’un des moteurs. L’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture estime que la production de viande et de lait est responsable d’environ 14,5 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Cette double réalité pose un défi stratégique : adapter les systèmes pastoraux tout en réduisant leur empreinte carbone. Sans action coordonnée, préviennent les scientifiques, la disparition progressive des pâturages pourrait devenir un facteur majeur d’aggravation des inégalités et de fragilisation des systèmes alimentaires africains.

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