Marchés financiers : Dangote prépare une offensive boursière historique entre Lagos et Londres
Le milliardaire nigérian Aliko Dangote remet sur la table le projet de cotation londonienne de Dangote Cement, longtemps repoussé par les contraintes réglementaires. Cette opération, attendue avant fin 2026, s’inscrit dans une vaste stratégie financière qui inclut également la raffinerie géante de Lagos et les activités d’engrais du groupe. Une séquence qui pourrait redessiner le paysage boursier africain.

Après plusieurs années d’hésitations, le groupe Dangote relance son ambition d’ouvrir son champion du ciment aux investisseurs internationaux. Déjà coté à Lagos depuis 2010, Dangote Cement envisage désormais une double cotation sur la place financière londonienne, avec un calendrier évoqué autour de septembre 2026. Le projet, régulièrement annoncé puis reporté depuis plus d’une décennie, semble cette fois entrer dans une phase concrète. Selon le fondateur du groupe, l’assouplissement des règles d’admission sur le marché britannique a joué un rôle décisif dans cette relance. Les exigences imposées auparavant par les autorités de régulation londoniennes avaient largement freiné les ambitions du groupe nigérian.
L’idée d’un ancrage à Londres ne date pourtant pas d’hier. Dès le début des années 2010, le groupe explorait déjà cette possibilité afin d’accroître sa visibilité auprès des investisseurs internationaux et d’améliorer sa capacité de financement. Une première tentative plus structurée avait même été amorcée en 2018, avant d’être stoppée par un environnement réglementaire jugé trop lourd et par les priorités financières liées à la gigantesque raffinerie de Lagos.
Le retour du projet intervient dans un contexte favorable pour le cimentier. Présent dans onze pays africains, Dangote Cement dispose aujourd’hui d’une capacité de production estimée à 55 millions de tonnes par an, ce qui en fait le principal acteur du secteur sur le continent. Sur le marché nigérian, l’entreprise a enregistré une forte progression de sa valeur boursière au cours des douze derniers mois. Les résultats financiers publiés récemment témoignent également d’une dynamique robuste, soutenue par la hausse des exportations régionales de clinker et la demande croissante en matériaux de construction.
Le groupe bénéficie aussi de la montée en puissance des infrastructures et des programmes immobiliers dans plusieurs économies africaines, renforçant son positionnement stratégique dans un secteur considéré comme essentiel à l’industrialisation du continent.
La cotation londonienne du cimentier ne constitue qu’un volet d’un plan beaucoup plus vaste. Le groupe prépare également l’introduction en Bourse de sa raffinerie de Lagos, présentée comme la plus importante d’Afrique avec une capacité de traitement de 650 000 barils par jour. Cette opération pourrait concerner environ 10 % du capital et viser plusieurs marchés africains, en plus du Nigerian Exchange. Les estimations évoquent une valorisation comprise entre 40 et 50 milliards de dollars, ce qui en ferait l’une des plus importantes introductions boursières jamais réalisées sur le continent.
Parallèlement, Dangote Fertiliser, filiale spécialisée dans les engrais, pourrait-elle aussi rejoindre les marchés financiers après avoir récemment mobilisé plusieurs centaines de millions de dollars via une émission obligataire privée.
Si ces trois opérations se concrétisent, le groupe Dangote signerait l’une des plus grandes séquences financières de l’histoire économique africaine. Au-delà de la stratégie du conglomérat nigérian, cette offensive pourrait renforcer l’attractivité des places boursières africaines et attirer davantage de capitaux internationaux vers le continent. Dans un environnement où plusieurs économies africaines cherchent à développer leurs marchés financiers, l’initiative de Dangote pourrait servir de catalyseur et démontrer que de grands groupes africains sont désormais capables de rivaliser avec les standards des marchés mondiaux.



