Diplomatie d’influence : En Afrique, la Russie peine à transformer sa présence en capital de sympathie
Malgré un retour remarqué sur la scène africaine, Moscou reste distancée par Pékin, Washington et Bruxelles dans l’opinion publique. Un vaste sondage panafricain révèle une image encore floue, souvent tiède, parfois négative, et très contrastée selon les pays.

La Russie n’a pas réussi à s’imposer comme une puissance attractive aux yeux des Africains. Selon une enquête publiée fin février par le réseau panafricain Afrobarometer, seuls 36 % des citoyens interrogés estiment que l’influence économique et politique de Moscou est bénéfique pour leur pays. À l’inverse, près d’un quart la perçoit comme défavorable. Dans le classement des grandes puissances, la Russie arrive en dernière position. La Chine conserve la meilleure image, suivie des États-Unis, de l’Union européenne et de l’Inde. Un résultat qui contraste avec l’activisme diplomatique et sécuritaire de Moscou sur le continent depuis plusieurs années.
Ce score modeste s’explique aussi par l’indécision d’une large part de la population. Environ un tiers des personnes interrogées déclarent ne pas savoir quoi penser de l’influence russe, ou refusent de se prononcer. Un autre tiers juge cette influence « ni positive ni négative ». Ce flou suggère que la Russie reste, pour beaucoup d’Africains, une puissance lointaine ou mal identifiée, loin derrière les acteurs traditionnels du développement, du commerce ou de l’aide humanitaire.
La perception de Moscou varie fortement d’un État à l’autre. Le Mali se distingue nettement, avec une large majorité de citoyens exprimant une opinion favorable. D’autres pays d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale affichent aussi des taux relativement élevés. À l’inverse, en Afrique australe, la Russie suscite peu d’enthousiasme : en Zambie, au Lesotho, en Eswatini ou au Botswana, les avis positifs sont très minoritaires. L’Afrique du Sud fait figure d’exception régionale, avec un niveau d’approbation supérieur à la moyenne continentale. Ces contrastes traduisent des histoires politiques différentes, mais aussi des niveaux d’engagement russe inégaux selon les zones.
Les clivages sociaux sont moins prononcés que les différences géographiques. Toutefois, une tendance se dégage : les jeunes adultes se montrent plus ouverts à l’influence russe que leurs aînés. Les 18-35 ans expriment plus souvent une opinion favorable que les plus de 55 ans, signe d’une sensibilité plus grande aux discours alternatifs aux puissances occidentales.
La guerre en Ukraine éclaire aussi les perceptions. Parmi les Africains informés du conflit, une large majorité estime que leur pays devrait rester neutre. Seule une minorité souhaite choisir un camp, avec un léger avantage pour la Russie. Le discours russe sur la multipolarité et le rejet de l’alignement occidental trouve ainsi un certain écho, sans pour autant se traduire par une adhésion massive à son action politique ou économique.
Si la visibilité de la Russie progresse, son image ne s’améliore pas nécessairement. Les dernières enquêtes montrent que les opinions négatives progressent plus vite que les positives. Pour Moscou, le défi est donc double : sortir de l’anonymat auprès d’une partie de l’opinion africaine et convaincre que sa présence est un levier de développement, et non seulement un outil géopolitique. À défaut, la Russie risque de rester un acteur audible, mais rarement crédible, dans la compétition d’influence qui se joue sur le continent.



