Géopolitique : Ormuz et Suez, les artères sous tension qui inquiètent l’Afrique
L’escalade militaire entre l’Iran, les États-Unis et Israël a replacé deux passages maritimes au cœur des inquiétudes économiques mondiales : le détroit d’Ormuz et le canal de Suez. Si le continent africain reste en dehors du champ militaire, il pourrait se retrouver en première ligne sur le plan énergétique et logistique.

La mort de l’ayatollah Ali Khamenei lors de frappes ciblées a agi comme une étincelle sur un baril de poudre déjà saturé de tensions. Ripostes de missiles, menaces contre les intérêts occidentaux et discours de fermeture des voies maritimes ont aussitôt fait grimper la fièvre sur les marchés. Dans les capitales du Golfe, les systèmes de défense se sont activés ; dans les salles de marché, les courbes du pétrole ont commencé à frémir. Car derrière la géopolitique, une autre bataille se joue : celle des routes commerciales.
Le détroit d’Ormuz concentre une part décisive des exportations pétrolières et gazières du Moyen-Orient. La moindre perturbation dans ce corridor agit comme un vent chaud sur les prix du brut. Pour l’Afrique, la dépendance est surtout indirecte mais redoutable. La plupart des pays importent leurs carburants raffinés. Une flambée durable des cours se traduirait par des factures d’importation plus lourdes, une pression sur les réserves de change et un renchérissement du transport et de l’électricité. Dans des économies où l’énergie irrigue l’agriculture, l’industrie et les services, la hausse des prix agit comme une onde de choc qui se diffuse jusque dans les paniers de consommation.
L’autre point névralgique se situe sur l’axe mer Rouge–canal de Suez. Déjà fragilisé ces dernières années par des attaques et des détournements de navires, ce passage reste un pilier du commerce mondial. Quand il se grippe, les navires contournent l’Afrique par le cap de Bonne-Espérance. Le trajet s’allonge, le carburant se consomme davantage et les coûts explosent. Résultat : le fret devient plus cher, les délais s’étirent et les chaînes d’approvisionnement se tendent. Pour plusieurs pays d’Afrique de l’Est et du Nord, une part importante des échanges extérieurs dépend directement de ce corridor. Sa paralysie prolongée équivaut à une compression brutale du commerce.
La combinaison d’un pétrole cher et d’un transport maritime plus coûteux pourrait nourrir une inflation importée. Carburants, denrées alimentaires, biens manufacturés : tout ce qui arrive par bateau risque de voir son prix grimper. Face à cette tension, de nombreux États seraient tentés d’augmenter les subventions pour contenir la colère sociale. Mais ce choix pèse sur des budgets déjà fragiles. Les précédents chocs énergétiques ont montré que les déficits publics se creusent rapidement lorsque l’énergie devient rare et chère. À cela s’ajoute la contrainte monétaire : plus les importations coûtent cher, plus la demande de devises augmente, mettant sous pression les monnaies locales.
Au-delà de l’urgence, la crise agit comme un miroir. Elle rappelle à quel point les économies africaines restent dépendantes de chaînes logistiques lointaines et de carburants venus d’ailleurs. Chaque tension au Moyen-Orient se transforme alors en test de résistance pour les finances publiques, la stabilité des prix et la sécurité alimentaire. Dans ce contexte, renforcer les capacités locales de raffinage, diversifier les partenaires commerciaux et développer les énergies alternatives apparaît moins comme un slogan que comme une stratégie de survie économique.
La possible fermeture simultanée d’Ormuz et la mise sous pression de Suez formeraient un double choc, énergétique et logistique. Un scénario qui ne ferait pas que secouer les marchés : il frapperait directement le quotidien des ménages africains. Loin des missiles et des drones, l’Afrique pourrait ainsi ressentir les secousses de la crise dans les prix du carburant, du pain et du transport. Une preuve supplémentaire que, dans un monde interconnecté, la géopolitique voyage aussi par conteneur et par baril.



