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Énergie et géopolitique : Sous tension mondiale, le Cameroun reprend le contrôle de ses importations de carburants

Face aux secousses provoquées par la crise au Moyen-Orient et à la fragilité de ses stocks, le Cameroun réactive un ancien modèle d’approvisionnement en produits pétroliers. Une stratégie défensive qui vise à éviter la pénurie, mais qui révèle aussi les limites structurelles du système énergétique national.

Dans un contexte international électrique, Yaoundé a décidé de revoir en profondeur son dispositif d’approvisionnement en carburants. Réunis à deux reprises au début du mois de mars, les responsables du secteur ont acté un retour à un schéma déjà expérimenté par le passé : l’appui sur des traders internationaux pour sécuriser les cargaisons destinées au marché local. Concrètement, ces opérateurs seront désormais chargés de fournir les volumes nécessaires, tandis que les distributeurs locaux devront s’approvisionner à travers des allocations encadrées. Ce système replace l’État au centre du jeu, avec un rôle renforcé dans la coordination et la régulation des flux.

Cette réorganisation ne doit rien au hasard. Elle intervient dans un climat marqué par de fortes incertitudes sur les routes mondiales du pétrole. La crise au Moyen-Orient a ravivé les inquiétudes autour des grandes voies maritimes stratégiques, entraînant une hausse rapide des prix. Résultat : les marchés pétroliers se crispent et les coûts d’importation grimpent. Pour un pays entièrement dépendant des importations de produits raffinés, chaque variation devient un risque direct pour l’économie nationale.

Au cœur du nouveau dispositif, un mécanisme de prime fixe. Cette approche limite les possibilités de négociation pour les opérateurs privés, mais offre à l’État une meilleure visibilité sur les coûts. Dans un environnement où les prix à la pompe restent administrés, cette prévisibilité devient cruciale. Elle permet d’anticiper plus précisément le niveau des subventions nécessaires, évitant ainsi les dérapages budgétaires. Cependant, ce verrouillage réduit la flexibilité des acteurs du marché, qui perdent un levier important pour optimiser leurs marges.

La décision gouvernementale est également motivée par la faiblesse des réserves nationales. Les niveaux actuels d’autonomie restent limités, notamment pour le gasoil et le carburant авиа, ce qui expose le pays à un risque rapide de rupture en cas de perturbation prolongée. Dans ce contexte, sécuriser les approvisionnements devient une priorité absolue, quitte à restreindre temporairement les mécanismes de libéralisation engagés ces dernières années.

Ce modèle n’est pas inédit. Il avait été mis en place après l’arrêt de l’unique raffinerie nationale, contraignant le pays à dépendre totalement des importations. À l’époque, il avait permis de réduire significativement les coûts d’achat et de stabiliser le marché. Mais depuis 2023, les autorités avaient amorcé une ouverture du secteur, autorisant certains opérateurs à importer directement. Le recentrage actuel marque donc une pause dans cette dynamique libérale, dictée par les impératifs du moment.

Au-delà de la réponse immédiate, cette situation met en lumière une fragilité plus profonde. Malgré les ajustements des prix intervenus ces dernières années pour alléger la charge des subventions, le modèle reste exposé aux chocs extérieurs. Dépendance aux importations, absence de capacités locales de raffinage suffisantes et sensibilité aux crises internationales composent un équilibre précaire.

À court terme, le Cameroun cherche à éviter la panne sèche. Mais à long terme, la question reste entière : comment construire un système énergétique capable de résister aux tempêtes du marché mondial ?

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