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Engrais : La FAO sonne l’alarme face au risque d’un choc agricole planétaire

La flambée des tensions au Moyen-Orient, combinée aux perturbations du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz, ravive les inquiétudes sur l’approvisionnement mondial en engrais. L’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture appelle les États à éviter toute restriction supplémentaire sur les exportations, redoutant une onde de choc sur les récoltes, les prix alimentaires et l’inflation dès 2027.

La guerre déclenchée en Iran à la fin du mois de février continue de produire ses secousses bien au-delà du seul marché énergétique. En première ligne, la chaîne mondiale d’approvisionnement en fertilisants se retrouve fragilisée par les tensions dans le détroit d’Ormuz, corridor maritime incontournable pour les flux d’engrais azotés et phosphatés. Pour la FAO, le danger est immédiat : toute entrave durable à la circulation de ces intrants essentiels pourrait réduire leur disponibilité au moment même où plusieurs régions du monde sont engagées dans leurs campagnes de semis. L’organisation estime qu’une telle situation pourrait rapidement déboucher sur une baisse des rendements agricoles à l’échelle mondiale.

Face à cette menace, l’institution onusienne appelle les gouvernements à la retenue. Son message est limpide : fermer davantage les robinets du commerce international ne ferait qu’alimenter la spirale haussière déjà visible sur les marchés. Les prix alimentaires mondiaux ont en effet progressé pour le deuxième mois consécutif en mars 2026, signe que les marchés anticipent déjà un resserrement de l’offre. Pour les experts de la FAO, maintenir les échanges d’engrais reste la mesure la plus efficace pour empêcher qu’une crise des intrants ne se transforme en crise alimentaire.  L’organisation plaide également pour une intervention rapide des bailleurs internationaux afin d’aider les pays les plus vulnérables à financer leurs achats d’engrais avant qu’il ne soit trop tard dans les calendriers culturaux.

Au-delà du conflit, un autre facteur d’inquiétude se profile : le retour possible d’un épisode El Niño au second semestre. Ce phénomène climatique, souvent synonyme de sécheresse et de chaleur accrue dans les zones tropicales, pourrait amplifier les effets d’un déficit d’utilisation des fertilisants. La combinaison d’intrants plus rares, de coûts élevés et de conditions météo défavorables fait craindre un scénario explosif. Plusieurs analystes évoquent déjà un risque supérieur à celui observé lors de la crise de 2022, avec à la clé une nouvelle flambée des prix des denrées de base.

L’appel de la FAO se heurte toutefois à la réalité des stratégies nationales. Plusieurs poids lourds du secteur ont déjà choisi de sécuriser d’abord leur marché domestique. La Russie, acteur majeur du nitrate d’ammonium, a suspendu temporairement ses exportations pour préserver sa campagne de printemps. La Chine, de son côté, maintient le verrou sur ses ventes extérieures d’urée jusqu’en août 2026. Ces décisions, compréhensibles à l’échelle nationale, risquent cependant d’assécher davantage un marché mondial déjà sous tension. Pour de nombreux pays importateurs, notamment en Afrique et en Asie, chaque cargaison retardée peut transformer la saison agricole en pari à haut risque.

Derrière la guerre des flux logistiques se joue en réalité la prochaine bataille des champs. Si les engrais arrivent trop tard ou à des prix prohibitifs, les récoltes de 2026-2027 pourraient en porter la cicatrice, avec des conséquences directes sur le pouvoir d’achat des ménages et la stabilité sociale de nombreux pays. À mesure que la crise s’étire, la FAO tente d’éviter que le marché des fertilisants ne devienne la première pièce d’un domino alimentaire mondial.

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