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Oignon en Afrique de l’Ouest : Un commerce discret qui pèse lourd dans l’équilibre alimentaire

Produit incontournable des cuisines ouest-africaines, l’oignon s’impose aussi comme l’un des piliers silencieux du commerce intra-régional. Derrière ce bulbe du quotidien se cache un vaste réseau d’échanges transfrontaliers, largement informel, qui relie producteurs sahéliens et marchés côtiers. Un récent rapport du Club du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest met en lumière le rôle stratégique de cette filière, dominée par le Niger et essentielle à la stabilité des prix alimentaires.

Présent dans presque tous les plats, l’oignon occupe une place bien plus importante qu’il n’y paraît dans les économies ouest-africaines. Selon un rapport publié en 2025 par le Club du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest (CSAO) de l’OCDE, il figure parmi les dix produits alimentaires les plus échangés dans la sous-région. Le document, consacré au commerce alimentaire intra-régional, classe l’oignon au 8e rang des denrées les plus commercialisées, derrière des produits comme l’huile de palme, le riz, le maïs ou encore le poisson congelé. Il devient ainsi le premier produit horticole dans les échanges régionaux. Cette importance économique contraste pourtant avec la difficulté à mesurer précisément les volumes échangés. En cause : la prédominance des circuits informels, qui représentent près de 69 % des flux commerciaux d’oignons en Afrique de l’Ouest.

Au cœur de cette filière se trouve le Niger, véritable puissance régionale de l’oignon. Le pays concentre à lui seul près de 68 % des exportations intra-régionales du bulbe. Cette position dominante s’explique par une production annuelle estimée à près de 2 millions de tonnes, selon la FAO. Le Niger est aujourd’hui le principal producteur ouest-africain et parvient à couvrir largement ses propres besoins tout en approvisionnant ses voisins. Derrière lui, le Bénin, le Burkina Faso et le Nigeria participent également aux exportations régionales, mais dans des proportions nettement inférieures.

Du côté de la demande, le Ghana apparaît comme le principal marché de destination des oignons ouest-africains. Une grande partie de ses approvisionnements provient directement du Niger. Le rapport souligne même que les importations nigériennes représenteraient à elles seules l’équivalent de la moitié de la production nationale ghanéenne. La Côte d’Ivoire, le Nigeria, le Bénin et le Togo figurent également parmi les principaux importateurs. Le cas du Sénégal reste particulier. Bien qu’il soit le premier importateur de la région en volume global, l’essentiel de ses achats provient des Pays-Bas, limitant ainsi son intégration dans les circuits commerciaux ouest-africains.

Comme pour la tomate ou d’autres produits maraîchers, le commerce de l’oignon suit un calendrier fortement saisonnier. Pendant les récoltes nigériennes, les flux s’intensifient vers les grands centres urbains côtiers, permettant d’éviter les pénuries et de contenir les hausses de prix. Lorsque la production baisse, d’autres zones prennent temporairement le relais, assurant une continuité de l’offre. Cette flexibilité fait de l’oignon un véritable produit d’ajustement dans l’équilibre alimentaire régional.

Les récentes tensions entre exportateurs nigérians et importateurs ghanéens ont rappelé la fragilité de ce système. La suspension temporaire des expéditions décidée début avril par l’Association nigériane des producteurs d’oignons a montré combien ces flux transfrontaliers restent sensibles aux différends commerciaux. Au-delà des échanges bilatéraux, c’est toute la stabilité des marchés alimentaires régionaux qui peut être affectée. Dans une région où l’informel structure encore l’essentiel des circuits d’approvisionnement, la fluidité du commerce de l’oignon demeure un enjeu majeur de sécurité alimentaire.

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