Démographie galopante : Au Cameroun, l’emploi progresse… sans faire reculer la pauvreté
Porté par une croissance démographique soutenue, le Cameroun voit sa population active exploser, notamment chez les jeunes. Mais en l’absence d’emplois suffisamment productifs, cette dynamique ne se traduit pas encore par une amélioration tangible du niveau de vie.

Le Cameroun avance à vive allure sur un tapis roulant démographique. Avec une croissance annuelle estimée à 2,6 %, le pays compte une majorité de jeunes, dont près de 70 % ont moins de 30 ans. Cette structure démographique, souvent présentée comme un levier de développement, se transforme en casse-tête lorsque les opportunités d’emploi ne suivent pas. D’ici 2033, plusieurs millions de jeunes supplémentaires arriveront sur le marché du travail. Même en supposant une participation stable, la demande d’emplois continuera de grimper, accentuant la pression sur une économie déjà en quête de souffle.
Contrairement aux attentes, la proportion de Camerounais en activité a reculé ces dernières années. Les données disponibles montrent une chute marquée du taux d’emploi depuis le milieu des années 2000. Cette tendance ne peut pas être attribuée uniquement à la prolongation des études. Chez les jeunes, la situation est encore plus frappante : leur présence sur le marché du travail a été divisée presque par deux en une quinzaine d’années. Cette évolution traduit un manque persistant d’opportunités, notamment pour les primo-demandeurs d’emploi, coincés entre formation et insertion professionnelle.
Le paysage de l’emploi s’est transformé. L’agriculture, longtemps pilier de l’activité économique, perd progressivement du terrain. En deux décennies, sa part dans l’emploi global a nettement diminué, sous l’effet combiné de l’urbanisation et des mutations économiques. Les travailleurs se redéploient vers l’industrie, le commerce et les services. Une transition qui, sur le papier, pourrait annoncer une montée en gamme de l’économie. Mais la réalité est plus nuancée.
Quitter les champs ne garantit pas une vie meilleure. Une large part des nouveaux emplois urbains se concentre dans des activités à faible productivité, notamment dans le commerce informel ou les services peu qualifiés. Résultat : même en changeant de secteur, de nombreux travailleurs restent piégés dans la précarité. Les écarts sociaux restent marqués. Les ménages les plus pauvres demeurent majoritairement dépendants de l’agriculture, tandis que les emplois plus rémunérateurs dans des secteurs comme la santé ou l’éducation profitent davantage aux catégories aisées.
Le véritable enjeu dépasse la simple création d’emplois. Il s’agit désormais de générer des postes capables d’offrir des revenus décents et durables. Sans amélioration de la productivité, le marché du travail continuera de ressembler à une roue qui tourne… sans faire avancer la lutte contre la pauvreté. Pour tirer parti de son potentiel démographique, le Cameroun devra donc transformer son économie en profondeur, en misant sur des secteurs à forte valeur ajoutée et sur une meilleure adéquation entre formation et besoins du marché. Une équation complexe, mais incontournable.



