Cameroun-Allemagne : Près de 10 milliards de FCFA pour renforcer l’essor économique des villes secondaires
Le Cameroun et l’Allemagne franchissent une nouvelle étape dans leur partenariat de développement avec la signature d’un accord de financement de 15 millions d’euros, soit environ 9,84 milliards de FCFA. Cette enveloppe, destinée à la troisième phase du Programme de Développement Économique et Social des Villes Secondaires Exposées aux Facteurs d’Instabilité (PRODESV III), vise à accélérer la modernisation des collectivités territoriales, réduire les déséquilibres régionaux et stimuler l’emploi local à travers des investissements structurants.

La coopération germano-camerounaise continue de miser sur le développement local comme levier de transformation économique. À Yaoundé, le ministre de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du Territoire, Alamine Ousmane Mey, et l’ambassadeur d’Allemagne au Cameroun, Christian Sedat, ont officialisé un financement concessionnel destiné à soutenir les villes secondaires du pays. Cette nouvelle contribution financière permettra au Fonds spécial d’équipement et d’intervention intercommunale (FEICOM), principal bras financier de la décentralisation au Cameroun, de poursuivre la réalisation d’infrastructures socio-économiques dans plusieurs communes confrontées à des défis de développement et à des facteurs d’instabilité. L’objectif est double : améliorer les services de proximité tout en renforçant les capacités de gestion et d’autonomie financière des collectivités locales.
L’une des particularités du PRODESV III réside dans le recours à l’approche dite à Haute Intensité de Main-d’Œuvre (HIMO). Cette méthode privilégie l’utilisation de travailleurs locaux et de matériaux disponibles sur place pour la réalisation des infrastructures. Au-delà de la simple construction d’équipements publics, cette démarche génère des revenus directs pour les populations, favorise le transfert de compétences et contribue à l’animation des économies locales. Dans un contexte marqué par un chômage persistant des jeunes et des tensions socio-économiques dans certaines régions, cette orientation apparaît comme un instrument de stabilisation économique et sociale.
Les performances enregistrées au cours de la deuxième phase du programme ont largement plaidé en faveur de ce nouvel engagement financier. Selon les données présentées lors de la cérémonie de signature, 220 projets ont été réalisés dans des secteurs stratégiques tels que la santé, l’éducation, l’eau potable, l’énergie, l’agro-industrie et les travaux publics. Près de neuf infrastructures sur dix sont déjà opérationnelles, avec des effets tangibles sur les conditions de vie des populations bénéficiaires. Environ 50 000 personnes auraient directement profité des investissements réalisés dans les différentes localités concernées. Ces résultats renforcent l’idée que les villes secondaires constituent désormais un maillon essentiel de la stratégie nationale d’aménagement du territoire.
Sur le plan macroéconomique, ce financement s’inscrit dans les priorités de la Stratégie nationale de développement 2020-2030 (SND30), qui fait de la décentralisation et de l’équilibre territorial des axes majeurs de croissance inclusive. Les villes secondaires jouent un rôle croissant dans la décongestion des grands centres urbains comme Douala et Yaoundé. En améliorant les infrastructures locales, le gouvernement cherche à créer des pôles économiques intermédiaires capables d’attirer les investissements, de développer les chaînes de valeur locales et de limiter les migrations internes liées à l’absence d’opportunités économiques. Cette approche répond également à un impératif budgétaire : renforcer les capacités des communes afin qu’elles deviennent progressivement des acteurs du développement économique plutôt que de simples bénéficiaires des transferts de l’État central.
Ce nouvel accord illustre la solidité d’une coopération entre le Cameroun et l’Allemagne qui dure depuis plus de soixante ans. Accordé par le ministère fédéral allemand de la Coopération économique et du Développement (BMZ) à travers la banque de développement KfW, le financement vient porter le portefeuille global des projets soutenus par l’Allemagne au Cameroun à près de 519,85 millions d’euros, soit environ 340,5 milliards de FCFA.
Dans un contexte où les ressources publiques demeurent sous pression et où les besoins en infrastructures restent considérables, cet engagement confirme la place stratégique de l’Allemagne parmi les principaux partenaires techniques et financiers du Cameroun. Il témoigne également de la confiance accordée aux réformes engagées dans le domaine de la gouvernance locale et du développement territorial.



