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Sourcing Mondial : Pepco mise sur l’Afrique pour rapprocher une partie de sa production de ses marchés européens

Le distributeur polonais Pepco Group envisage de développer des capacités de production et d’approvisionnement sur le continent africain. Cette réflexion intervient alors que les perturbations du transport maritime mondial fragilisent le modèle fondé sur une concentration des achats en Asie. Pour les économies africaines, cette stratégie pourrait ouvrir des débouchés dans le textile, la fabrication légère et certains segments des biens de consommation.

Le modèle du « tout-Asie » montre de plus en plus ses limites. Pour les distributeurs européens qui commercialisent des produits à bas prix, les perturbations des routes maritimes peuvent rapidement transformer un avantage de coût industriel en facture logistique supplémentaire. C’est dans ce contexte que Pepco Group étudie une diversification de ses bases d’approvisionnement vers l’Afrique, selon une information rapportée par Bloomberg le 14 septembre 2026. Coté à la Bourse de Varsovie, le groupe exploite plus de 4 000 magasins dans 19 pays européens. Son offre couvre notamment les vêtements, les jouets, les articles ménagers et différents produits de consommation courante. Une large partie de ces marchandises est aujourd’hui fabriquée en Asie, principalement en Chine, au Bangladesh et en Inde.

Le transport maritime devient un risque industriel

La réflexion de Pepco ne relève pas uniquement d’une recherche de nouveaux fournisseurs moins chers. Elle traduit surtout une évolution dans la manière dont les grandes chaînes de distribution évaluent désormais leur chaîne logistique. Les tensions en mer Rouge ont contraint de nombreux transporteurs à délaisser le canal de Suez au profit d’un itinéraire passant par le cap de Bonne-Espérance. Cette modification augmente les distances parcourues et, par conséquent, les délais de livraison et les besoins en capacité maritime. Les tensions géopolitiques autour du Moyen-Orient ajoutent par ailleurs une autre couche d’incertitude aux échanges internationaux.

« L’imprévisibilité est devenue la nouvelle norme des chaînes d’approvisionnement », a déclaré Javier Rubio Fueyo, directeur mondial des achats et de la chaîne d’approvisionnement de Pepco. Cette évolution traduit le passage d’une logique de minimisation du coût unitaire à une logique de résilience. Une marchandise légèrement plus coûteuse à produire mais disponible plus rapidement et avec moins de risques peut, dans certains cas, devenir économiquement préférable à une production asiatique dépendante de longues routes maritimes.

L’Afrique du Nord bénéficie de l’effet proximité

Dans cette nouvelle configuration, l’Afrique présente un premier avantage : sa proximité avec l’Europe. Les pays d’Afrique du Nord disposent déjà de connexions industrielles et logistiques importantes avec le marché européen, notamment dans l’habillement et certaines activités manufacturières. Cette proximité peut permettre de raccourcir les cycles d’approvisionnement, de réduire l’immobilisation des stocks et d’améliorer la réactivité des distributeurs. Pour un acteur comme Pepco, dont le positionnement repose sur des prix accessibles et un renouvellement régulier de l’offre, ces paramètres peuvent peser autant que le coût de fabrication. L’Afrique subsaharienne pourrait également trouver sa place dans cette stratégie, notamment dans le textile, l’agro-industrie et certaines activités de fabrication légère. Mais les perspectives y sont davantage liées à la capacité des pays à construire des chaînes industrielles suffisamment compétitives et fiables.

Les infrastructures seront le véritable filtre

Le déplacement d’une partie des commandes asiatiques vers l’Afrique ne se fera toutefois pas automatiquement. Les industriels recherchent désormais des écosystèmes complets plutôt qu’une simple main-d’œuvre à faible coût. La disponibilité de l’électricité, la qualité des infrastructures portuaires, la fluidité des corridors routiers et ferroviaires, les capacités de stockage et la fiabilité des procédures douanières constituent autant de facteurs susceptibles de déterminer la localisation des futurs fournisseurs.

À cela s’ajoutent la qualification de la main-d’œuvre, la disponibilité des matières premières, la capacité des usines à respecter les standards européens et la présence d’un réseau de sous-traitants. Le principal enjeu africain réside donc dans la transformation d’un avantage géographique en avantage industriel. La proximité avec l’Europe ne suffit pas si les coûts logistiques internes, les coupures d’électricité ou les délais administratifs annulent les gains réalisés sur le transport maritime.

Une opportunité, mais encore sans projet arrêté

Pepco n’a pour l’heure dévoilé ni les pays susceptibles d’être retenus, ni les produits concernés, ni les partenaires industriels, ni le montant d’éventuels investissements. Il convient donc de considérer cette démarche comme une orientation stratégique plutôt que comme l’annonce d’un programme industriel déjà arrêté. Les conditions commerciales pèseront également dans les arbitrages. Les droits de douane, les règles d’origine, les accords préférentiels avec l’Union européenne, l’accès aux devises et la stabilité du cadre réglementaire peuvent modifier sensiblement la compétitivité d’un site de production.

Au-delà de Pepco, le mouvement illustre une tendance plus large : les chaînes de valeur mondiales cherchent progressivement à combiner coût, proximité et sécurité d’approvisionnement. Pour l’Afrique, l’enjeu sera de convertir cette recomposition en investissements industriels durables, capables de dépasser le simple rôle de fournisseur à bas coût et de s’insérer dans des chaînes de production destinées au marché européen.

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