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Capitaux privés : L’Afrique capte davantage de financements, mais pèse moins dans les engagements de la Banque mondiale

Les capitaux privés mobilisés par le Groupe de la Banque mondiale en Afrique ont fortement progressé depuis 2022. Mais derrière cette hausse en valeur absolue se dessine une évolution moins favorable pour le continent : sa part dans l’ensemble des financements mobilisés par le Groupe est passée d’environ 25,7 % à 19,6 %. Cette dynamique traduit une croissance plus rapide des flux vers d’autres régions, notamment les économies à revenu intermédiaire supérieur.

La Banque mondiale met en avant une progression d’environ 150 % des capitaux privés mobilisés en faveur de l’Afrique entre 2022 et 2026. En valeur absolue, le mouvement est significatif. Mais rapporté à l’ensemble des opérations du Groupe, le continent occupe désormais une place moins importante. Les données communiquées par l’institution font ressortir une baisse de la contribution africaine au total mondial, d’environ 25,7 % en 2022 à 19,6 % en 2026. Autrement dit, l’Afrique bénéficie de davantage de capitaux, mais son rythme de progression est inférieur à celui enregistré dans les autres régions.

Sur la période, les montants mobilisés hors d’Afrique auraient ainsi été multipliés par près de 3,5, contre environ 2,4 fois sur le continent. À rythme comparable à celui observé en 2022, l’Afrique aurait pu recevoir autour de 29 milliards de dollars en 2026, soit environ 7 milliards de dollars supplémentaires par rapport au montant annoncé. Cette évolution illustre une difficulté structurelle du financement africain : la progression des flux ne suffit pas à mesurer l’attractivité relative du continent. Lorsque les capitaux privés mondiaux augmentent plus vite ailleurs, la part africaine peut diminuer malgré une hausse substantielle des financements.

Les économies intermédiaires captent l’essentiel de l’accélération

La répartition des capitaux selon le niveau de revenu apporte un autre éclairage. Les pays à revenu intermédiaire supérieur ont enregistré la progression la plus spectaculaire, avec des montants passant de 12 à 50 milliards de dollars. Cette catégorie représente à elle seule près de la moitié de l’augmentation globale observée. Les pays à revenu intermédiaire inférieur ont, pour leur part, vu les montants progresser de 14 à 37 milliards de dollars. En revanche, les pays à faible revenu restent quasiment au même niveau, autour de 3 milliards de dollars.

Cette concentration constitue un enjeu particulier pour l’Afrique. Le continent compte relativement peu d’économies appartenant à la catégorie des pays à revenu intermédiaire supérieur, où figurent notamment l’Afrique du Sud, le Botswana et le Gabon. Une part importante de ses économies se situe dans des catégories où les capacités d’attraction des capitaux privés restent plus limitées. Le contraste est encore plus marqué pour les pays les plus pauvres. Les quelque 3 milliards de dollars mobilisés pour l’ensemble des pays à faible revenu dans le monde représentent environ un septième des 22 milliards annoncés pour l’Afrique. Cela signifie que le volume destiné aux pays africains appartenant à cette catégorie est inférieur à celui mobilisé pour l’ensemble des pays à faible revenu à l’échelle mondiale.

Des capitaux qui passent largement par les banques et les fonds

Les opérations recensées par l’Agence Ecofin permettent également d’observer la nature des interventions de la Société financière internationale (IFC), bras du Groupe de la Banque mondiale consacré au secteur privé. Entre juillet 2025 et juillet 2026, 62 engagements de l’IFC en Afrique ont représenté environ 2,81 milliards de dollars de prêts et prises de participation, hors garanties. Ces montants correspondent aux ressources propres engagées par l’institution et non au volume total de capitaux privés mobilisés autour de ses interventions.

La structure des opérations est particulièrement instructive. Près de 900 millions de dollars concernent des banques et autres institutions financières. Parmi les opérations figurent notamment des investissements dans les titres de Standard Bank, ainsi que des financements destinés à Banque Misr et FirstRand. Les fonds d’investissement représentent également une enveloppe importante, avec environ 662 millions de dollars. Une part substantielle des ressources transite donc par des intermédiaires financiers avant d’atteindre l’économie réelle. Ce mécanisme présente un double effet. Il permet à la Banque mondiale de démultiplier son intervention en s’appuyant sur des institutions locales ou régionales, mais il rend moins directe la lecture de l’impact final sur l’investissement productif, les infrastructures ou la création d’entreprises.

Les grands projets restent plus rares

Les engagements directement orientés vers des actifs productifs de grande taille apparaissent moins nombreux. L’IFC a notamment engagé jusqu’à 120 millions d’euros sur ses ressources propres dans le projet ferroviaire Setrag au Gabon, aux côtés d’autres financeurs et investisseurs. En Égypte, elle a apporté 83,5 millions de dollars au projet solaire Abydos II. Ces opérations montrent néanmoins le rôle que peut jouer le financement concessionnel ou catalytique dans des secteurs nécessitant des volumes de capitaux importants et des horizons d’investissement longs. L’enjeu consiste désormais à transformer davantage les interventions financières en investissements directs dans les infrastructures, l’énergie, l’industrie et les services. Pour les économies africaines, cette conversion est essentielle, car l’accès au financement ne constitue pas une fin en soi : son impact dépend aussi de sa destination et de sa capacité à accroître les capacités productives.

Des données qui appellent encore des clarifications

La lecture des chiffres publiés fait apparaître plusieurs zones d’ombre. Les trois catégories de pays détaillées par niveau de revenu totalisent environ 90 milliards de dollars, alors que le montant global présenté atteint 112 milliards. L’écart, de l’ordre de 22 milliards de dollars, n’est pas expliqué dans les éléments disponibles. La même interrogation se pose pour les garanties. Le Groupe de la Banque mondiale affirme avoir émis plus de 25 milliards de dollars de garanties en 2026, dépassant ainsi quatre ans avant l’échéance l’objectif annuel de 20 milliards fixé pour 2030. Mais sa plateforme dédiée aux garanties fait apparaître près de 18 milliards de dollars sur le même exercice. L’écart d’environ 7 milliards de dollars nécessite donc des précisions supplémentaires, notamment sur le périmètre retenu par les différentes composantes du Groupe, dont l’IFC et la MIGA.

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