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Santé publique : L’Afrique accélère la prévention et la réponse aux épidémies

De la détection du cancer du sein à la surveillance communautaire des maladies infectieuses, plusieurs initiatives engagées cette semaine illustrent le même impératif : intervenir plus tôt pour réduire les décès et contenir les flambées épidémiques. L’OMS et ses partenaires multiplient les dispositifs de proximité, tandis que plusieurs pays africains cherchent à renforcer leurs capacités nationales de diagnostic, de vaccination et de réponse aux urgences.

L’un des principaux enjeux de santé publique mis en avant cette semaine concerne le cancer du sein. Le bureau régional de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour l’Afrique a présenté, le 21 septembre, un nouveau guide destiné aux professionnels exerçant au niveau des soins de santé primaires. L’objectif est de déplacer une partie du combat contre la maladie vers le premier niveau de la chaîne sanitaire. Dans de nombreux pays africains, les femmes présentant une anomalie mammaire consultent d’abord dans les centres de santé de proximité. Or, ces structures disposent souvent de moyens limités pour reconnaître rapidement les symptômes suspects et orienter les patientes vers des services spécialisés.

Le nouveau référentiel doit donc aider les personnels de première ligne à identifier les signes nécessitant des examens complémentaires et à accélérer l’orientation vers les établissements capables d’établir un diagnostic. L’enjeu est considérable. Dans la majorité des pays de la région, plus de 70 % des cancers du sein sont diagnostiqués à un stade avancé. Cette situation réduit les possibilités thérapeutiques et pèse directement sur les chances de survie. Pour l’OMS, l’amélioration du dépistage et de l’orientation doit accompagner le développement des capacités de diagnostic, de l’imagerie médicale et de l’accès aux traitements oncologiques. Le cancer du sein illustre ainsi une difficulté plus large des systèmes africains : gagner du temps entre l’apparition des premiers symptômes et la prise en charge effective.

Ebola : une flambée qui change de géographie en RDC

La situation est également particulièrement suivie en République démocratique du Congo (RDC), où l’épidémie de maladie à virus Ebola, liée à la souche Bundibugyo selon les données communiquées, continue de mobiliser les autorités sanitaires et les partenaires internationaux. Les chiffres disponibles au 23 septembre font état de plus de 7 700 cas et de plusieurs milliers de décès dans sept provinces et 63 zones de santé. Mais au-delà du bilan national, l’évolution géographique de la transmission constitue l’un des principaux sujets de préoccupation.

Les données font apparaître une baisse des cas dans certains foyers, notamment en Ituri et dans le Haut-Uélé. À l’inverse, le Nord-Kivu connaît une progression importante. Dans cette province, la létalité dépasse 65 %, avec une mortalité particulièrement élevée chez les enfants de moins de cinq ans. La présence de cas signalés à Dungu, à proximité du Soudan du Sud, renforce par ailleurs la nécessité d’une surveillance des mouvements transfrontaliers. Dans ce contexte, les autorités sanitaires doivent simultanément contenir les foyers existants et empêcher l’extension de la transmission vers de nouvelles zones.

À Bunia, une campagne de vaccination ciblée avec Ervebo a notamment été engagée pour protéger en priorité les personnels de santé et les agents exposés. Les équipes de riposte travaillent également avec les communautés sur les pratiques funéraires, particulièrement sensibles dans la lutte contre la transmission du virus.

Près de 3 milliards de dollars annoncés pour la riposte

La dimension financière de la crise prend elle aussi une importance croissante. Près de 3 milliards de dollars d’engagements ont été annoncés pour soutenir les opérations de réponse à Ebola en RDC, en Ouganda et dans la région. Africa CDC, l’agence de santé publique de l’Union africaine, a toutefois insisté sur un autre impératif : transformer les promesses financières en ressources effectivement disponibles sur le terrain. L’agence demande notamment un suivi précis des montants engagés, des décaissements réalisés et de leur affectation. Cette exigence vise à identifier rapidement les secteurs qui restent sous-financés, alors que les besoins évoluent avec la progression géographique de l’épidémie.

Selon les éléments communiqués par Africa CDC, le plan de riposte sur six mois nécessite environ 1,3 milliard de dollars, tandis que le plan humanitaire révisé pour 2026 mobilise des besoins supplémentaires évalués à 2,1 milliards. La situation ougandaise apporte cependant un élément plus favorable. L’OMS y a confirmé, le 27 août, la fin de la transmission d’une épidémie distincte après 42 jours sans nouveau cas. Cette évolution rappelle l’importance de maintenir la surveillance après la disparition des transmissions actives.

Le bassin du lac Tchad cible le choléra

La prévention des épidémies prend également une dimension régionale autour du lac Tchad. L’OMS et le King Salman Humanitarian Aid and Relief Centre (KSrelief) ont conclu, le 22 septembre, un accord de 5,3 millions de dollars consacré à la prévention et à la réponse au choléra. Le dispositif concerne cinq pays : le Cameroun, le Tchad, le Mali, le Niger et le Nigeria. Dans cet espace marqué par les déplacements de populations, les déficits d’accès à l’eau potable et à l’assainissement ainsi que la concentration de personnes déplacées, les flambées de choléra dépassent rapidement les frontières administratives. Le financement doit permettre de renforcer plusieurs maillons de la réponse, notamment la surveillance épidémiologique, l’accès aux médicaments, la vaccination et les interventions liées à l’eau, à l’hygiène et à l’assainissement. Cette approche traduit une évolution de la réponse sanitaire dans les zones transfrontalières : au lieu de traiter les foyers séparément, les partenaires cherchent à coordonner les dispositifs de surveillance et d’intervention à l’échelle des bassins de circulation des populations.

Fièvre de Lassa : le Nigeria confronté à une létalité plus élevée

Au Nigeria, la fièvre de Lassa constitue une autre source de préoccupation. Les données publiées le 22 septembre par le Centre nigérian de contrôle des maladies font état de 1 086 cas confirmés et de 259 décès depuis le début de 2026. Le taux de létalité atteint ainsi 23,9 %, contre 18,6 % sur la même période en 2025. Le NCDC met notamment en avant les consultations tardives et le coût de la prise en charge, y compris celui de la ribavirine, parmi les facteurs susceptibles de contribuer à cette évolution. Maladie virale endémique au Nigeria et dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest, la fièvre de Lassa est principalement associée au contact avec les excrétions du rat multimammate, Mastomys natalensis. Les États d’Edo, d’Ondo et de Bauchi figurent parmi les zones historiquement les plus touchées. Le défi est donc autant médical qu’organisationnel : détecter les patients plus rapidement, améliorer la surveillance et garantir la disponibilité des traitements dans les zones où la maladie circule régulièrement.

Noma : réparer les séquelles après avoir manqué le dépistage

À Sokoto, dans le nord-ouest du Nigeria, des enfants et adolescents survivants du noma bénéficient cette semaine d’interventions reconstructrices gratuites. Cette maladie, qui touche particulièrement les jeunes enfants souffrant de malnutrition et vivant dans des conditions précaires, provoque une destruction rapide des tissus du visage. Lorsqu’elle n’est pas traitée suffisamment tôt, elle peut être mortelle. Les survivants peuvent conserver d’importantes séquelles physiques, avec des conséquences sociales durables.

Le classement du noma parmi les maladies tropicales négligées par l’OMS en 2023 a contribué à accroître l’attention portée à cette pathologie. Les opérations menées à Sokoto permettent de traiter certaines conséquences chez les survivants, mais elles ne remplacent pas la prévention, l’amélioration de la nutrition et la détection précoce dans les communautés rurales.

Burkina Faso : moustiquaires et vaccination contre le paludisme

Sur le front du paludisme, le Burkina Faso combine plusieurs outils de prévention. Le pays a distribué environ 15 millions de moustiquaires imprégnées d’insecticide à longue durée d’action au cours de la période 2025-2026. Cette campagne intervient parallèlement à l’introduction du vaccin antipaludique RTS,S dans le programme de vaccination de routine. Le dispositif complète la chimioprévention du paludisme saisonnier, particulièrement destinée aux enfants de moins de cinq ans vivant dans les zones où la transmission est élevée.

L’enjeu reste majeur dans ce pays sahélien, où le paludisme demeure une cause importante de morbidité et de mortalité. Les contraintes sécuritaires compliquent toutefois les opérations logistiques, notamment dans certaines zones rurales. L’expérience burkinabè illustre ainsi une tendance à multiplier les barrières contre le paludisme plutôt qu’à dépendre d’une seule intervention : protection contre les moustiques, vaccination et prévention médicamenteuse sont combinées selon les zones et les populations ciblées.

Ghana : investir dans la surveillance et la recherche

Au Ghana, les efforts portent davantage sur le renforcement des capacités nationales. L’OMS a évalué 15 établissements publics et privés afin d’identifier les capacités disponibles pour conduire et superviser des essais cliniques.

L’ambition est de permettre au pays de développer davantage ses propres capacités de recherche sur les vaccins, les médicaments et les technologies médicales. Une telle évolution réduirait la dépendance à l’égard des données produites à l’extérieur du continent et pourrait accélérer l’évaluation de solutions adaptées aux réalités africaines. Dans le même temps, l’OMS soutient la surveillance communautaire dans neuf districts répartis dans trois régions. Des membres des communautés sont formés pour signaler rapidement des événements inhabituels, qu’il s’agisse d’une mortalité animale anormale ou de regroupements de cas présentant des symptômes suspects.

Cette stratégie rapproche la surveillance du terrain. Elle repose sur l’idée qu’une alerte détectée au niveau d’un village peut permettre aux équipes sanitaires d’intervenir avant qu’un événement local ne se transforme en crise régionale.

De l’oncologie aux maladies infectieuses, les initiatives engagées cette semaine convergent ainsi vers une même priorité : raccourcir le délai entre l’apparition d’un signal sanitaire, son identification et la réponse. Pour les systèmes de santé africains, le renforcement des soins primaires, de la surveillance communautaire, de la vaccination et des capacités nationales de recherche devient progressivement un enjeu aussi important que la mobilisation de financements lors des crises.

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