Finances publiques : Au Cameroun, le déficit budgétaire projeté à plus de 1 000 milliards de FCFA en 2027
Les projections du ministère des Finances font apparaître une nouvelle dégradation du solde budgétaire l’an prochain. Le déficit devrait atteindre 1 018 milliards de FCFA, contre 808,5 milliards en 2026. Pour boucler son financement, l’État compte notamment sur une nouvelle enveloppe d’appuis budgétaires de 300 milliards de FCFA, dont le décaissement reste lié à la conclusion d’un futur programme avec le FMI.

Le Cameroun pourrait franchir en 2027 un nouveau seuil dans la trajectoire de son déficit budgétaire. D’après les prévisions contenues dans le Document de programmation économique et budgétaire à moyen terme (DPEBMT) 2027-2029, le solde négatif des finances publiques devrait s’établir à 1 018 milliards de FCFA l’année prochaine. Cette estimation intervient alors que le déficit attendu pour 2026 est évalué à 808,5 milliards de FCFA. En valeur absolue, l’écart atteint 209,5 milliards de FCFA en une année, soit une progression d’environ 26 %. Cette évolution traduit l’importance des besoins financiers auxquels l’État devra faire face dans un contexte où la mobilisation des ressources demeure un enjeu central de la programmation budgétaire. Présenté dans le cadre du Débat d’orientation budgétaire, le document du ministère des Finances constitue toutefois une trajectoire prévisionnelle. Les montants inscrits pour 2027 devront être affinés lors de la préparation puis de l’adoption de la loi de finances.
Plus de 3 100 milliards de FCFA à trouver
Le déficit ne constitue qu’un élément des besoins financiers de l’État. Pour l’exercice 2027, le gouvernement estime à 3 161,5 milliards de FCFA l’ensemble des ressources nécessaires au financement du budget et à la gestion de la trésorerie. Une enveloppe de 2 143,5 milliards de FCFA correspond notamment aux besoins de financement et de trésorerie. Une partie importante de cette somme est liée aux engagements antérieurs de l’État, avec des remboursements de dette financière projetés à 1 602,5 milliards de FCFA. Le financement du déficit doit donc être combiné avec celui des échéances de dette et de plusieurs opérations de trésorerie.
Dans cette configuration, le gouvernement mise sur une combinaison de ressources domestiques et extérieures. Les projections retiennent ainsi 866,7 milliards de FCFA de décaissements au titre des prêts-projets, tandis que 400 milliards devraient être recherchés sur le marché régional des titres publics. À cela s’ajouteraient 250 milliards de FCFA de financements bancaires directs ainsi que 131,5 milliards provenant des réserves de l’État déposées auprès de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC).
Un emprunt extérieur de 1 000 milliards envisagé
Le recours au financement extérieur devrait également rester au cœur de la stratégie budgétaire. Le DPEBMT prévoit une nouvelle opération d’emprunt international pouvant atteindre 1 000 milliards de FCFA en 2027. Cette hypothèse intervient après une opération extérieure de même ordre de grandeur programmée pour 2026. Elle illustre la place croissante des ressources extérieures dans l’équilibre du plan de financement de l’État, alors que les marges de manœuvre sur le marché domestique restent surveillées. Le gouvernement devra en parallèle poursuivre ses efforts de mobilisation des recettes intérieures. La programmation 2027-2029 repose en effet sur une augmentation des ressources fiscales et non fiscales, afin de réduire autant que possible la pression exercée par les besoins de financement sur l’endettement public.
Les 300 milliards du FMI au cœur de l’équation
L’un des points les plus sensibles du scénario retenu pour 2027 concerne les 300 milliards de FCFA d’appuis budgétaires intégrés au plan de financement. Ces ressources sont associées à l’hypothèse de la conclusion d’un nouveau programme économique et financier avec le Fonds monétaire international (FMI). À elles seules, ces ressources représenteraient près de 30 % du déficit projeté pour l’exercice. Leur importance explique pourquoi leur mobilisation constitue un paramètre déterminant de l’équilibre financier retenu par le gouvernement.
Or, cette hypothèse demeure conditionnelle. Le nouvel accord avec le FMI n’est pas encore conclu. Le ministère des Finances considère d’ailleurs l’absence d’un nouveau programme comme un risque important pour la soutenabilité des finances publiques au cours des prochaines années. Si ces appuis n’étaient finalement pas disponibles, l’État devrait compenser le manque à gagner par d’autres instruments. Cela pourrait passer par une mobilisation accrue des recettes, une recherche de financements alternatifs ou des arbitrages sur les dépenses publiques.
Plusieurs risques identifiés sur la période 2027-2029
Au-delà de la relation avec le FMI, la programmation budgétaire fait ressortir plusieurs facteurs susceptibles de modifier les équilibres retenus. Le ministère des Finances cite notamment le risque de retard dans la mise en œuvre de certaines réformes fiscales. Les dépenses pourraient également être affectées par l’évolution de la situation sécuritaire, tandis que les difficultés financières de certaines entreprises du secteur de l’électricité constituent une autre source de pression potentielle sur les comptes publics. Le contexte financier régional représente enfin une variable à surveiller. Un durcissement des conditions de financement sur le marché intérieur pourrait renchérir le coût des ressources recherchées par l’État ou limiter sa capacité à mobiliser les montants prévus. Ainsi, derrière le chiffre de 1 018 milliards de FCFA de déficit, la programmation 2027 met surtout en évidence un besoin de financement qui reste fortement dépendant de plusieurs hypothèses. La capacité du Cameroun à accroître ses recettes, à accéder aux financements extérieurs et à sécuriser l’appui attendu des partenaires internationaux sera déterminante dans la traduction de cette trajectoire prévisionnelle en budget effectivement exécuté.



