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Industrie sidérurgique : Prometal mobilise 26,2 milliards de FCFA pour sécuriser ses importations d’acier

Face à la raréfaction de la ferraille collectée localement, Prometal SA renforce ses moyens de financement avec une facilité renouvelable de 40 millions d’euros obtenue auprès d’Afreximbank. Cette enveloppe doit soutenir les achats de billettes et d’autres intrants indispensables à ses usines, dans un marché camerounais marqué par un déséquilibre croissant entre les capacités industrielles installées et la demande intérieure.

Prometal SA renforce sa trésorerie pour sécuriser son approvisionnement en matières premières. La filiale de Prometal Groupe a conclu, le 28 septembre 2026 au Caire, en Égypte, un accord de financement avec la Banque africaine d’import-export (Afreximbank), portant sur une facilité renouvelable de fonds de roulement de 40 millions d’euros, soit environ 26,2 milliards de FCFA. L’opération a été signée par Denys Denya, vice-président d’Afreximbank, et Hayssam El Jammal, PDG de Prometal Groupe. Dans un communiqué publié le 30 septembre, l’institution financière présente cet engagement comme un soutien au développement des activités industrielles du groupe.

Concrètement, les ressources mobilisées doivent notamment servir à financer les importations de billettes d’acier et d’autres produits intermédiaires nécessaires à la production. Ces semi-produits, obtenus notamment à partir de la fusion de matières métalliques, constituent des intrants essentiels pour fabriquer du fer à béton et différents produits sidérurgiques. « Aujourd’hui, nous franchissons une nouvelle étape clé de notre croissance grâce à ce partenariat stratégique avec Afreximbank », a déclaré Hayssam El Jammal lors de la signature. Le dirigeant entend inscrire cette coopération dans la durée afin d’accompagner les ambitions industrielles du groupe sur le continent.

La collecte locale de ferraille ne satisfait plus que 40 % des besoins

Le recours accru aux financements extérieurs intervient dans un contexte de tension sur les ressources métalliques disponibles au Cameroun. En l’absence d’une production locale de minerai de fer destinée à alimenter directement les aciéries, les industriels s’appuient notamment sur la ferraille récupérée sur le marché national et sur l’importation de produits semi-finis. Or, l’augmentation des capacités de transformation entraîne une progression des besoins en intrants, alors que la collecte locale ne suit pas le même rythme.

Selon l’Organisation camerounaise des industries de transformation de l’acier et des métaux (Ocitram), la ferraille récupérée sur le territoire national ne couvre désormais qu’environ 40 % des besoins des aciéries. Les industriels doivent ainsi compléter leurs approvisionnements par des achats à l’étranger, notamment de billettes. Cette dépendance expose les entreprises aux contraintes liées au financement des importations et à la disponibilité des liquidités nécessaires pour constituer leurs stocks. Dans ce contexte, la facilité accordée à Prometal constitue un instrument de financement de son exploitation, mais aussi un levier pour maintenir ses approvisionnements dans un environnement où la ressource locale devient insuffisante. Le président d’Afreximbank, George Elombi, inscrit cette opération dans la stratégie de l’institution visant à soutenir l’industrialisation africaine et à renforcer les chaînes de valeur sur le continent.

Des capacités industrielles 2,7 fois supérieures au marché national

La sécurisation des matières premières ne règle toutefois pas l’ensemble des difficultés de la filière sidérurgique camerounaise. Le secteur doit également composer avec un décalage important entre les capacités de production installées et les débouchés disponibles. D’après les données communiquées par les industriels, les capacités annuelles de transformation de l’acier et des métaux atteignent environ 1,2 million de tonnes au Cameroun, alors que la demande intérieure est estimée à 450 000 tonnes. L’offre potentielle représente ainsi près de 2,7 fois le volume absorbé par le marché national. L’Ocitram estime que les usines fonctionnent autour de 50 % de leurs capacités. L’organisation évalue également à près de 30 milliards de FCFA la valeur des produits sidérurgiques immobilisés dans les entrepôts des industriels en septembre 2026, une accumulation qu’elle associe à la saturation de certains segments du marché.

Le financement, un atout dans une filière sous pression

Les 26,2 milliards de FCFA obtenus par Prometal interviennent donc à un moment où les sidérurgistes doivent simultanément financer leurs intrants, maintenir leurs équipements en activité et trouver des débouchés pour leur production. Cette équation pourrait devenir plus contraignante avec l’arrivée annoncée de nouvelles unités industrielles, susceptibles d’accroître encore les capacités installées. Elle pose la question de l’adéquation entre les investissements productifs, la disponibilité des matières premières et l’évolution de la consommation nationale.

Au-delà de l’accès au crédit, l’évolution de la filière dépendra notamment de la capacité des industriels à diversifier leurs débouchés, à améliorer la compétitivité de leurs coûts et à structurer davantage la collecte locale de ferraille. Pour Prometal, la nouvelle facilité apporte des ressources supplémentaires pour sécuriser les approvisionnements. Pour le secteur, elle illustre surtout le défi consistant à soutenir la production industrielle sans accentuer les déséquilibres entre l’offre et la demande.

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