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Télécommunications : Le marché africain des terminaux pourrait presque doubler d’ici 2031

La démocratisation des smartphones compatibles, le financement à crédit des terminaux et l’essor de l’accès fixe sans fil devraient soutenir fortement la demande d’équipements 5G en Afrique. Mais le niveau de revenu des consommateurs, le coût des appareils et l’hétérogénéité des politiques de spectre pourraient ralentir cette transition technologique.

Le marché africain des équipements compatibles avec la 5G entre dans une phase d’accélération. Les volumes d’appareils expédiés sur le continent pourraient passer d’environ 500 millions d’unités en 2026 à près de 910 millions en 2031, soit une progression moyenne annuelle de 12,72 %, selon les projections de Mordor Intelligence publiées le 1er septembre 2026. Cette dynamique traduit moins un simple renouvellement technologique des téléphones qu’une transformation progressive des usages numériques. Avec une part encore limitée de la 5G dans les connexions africaines, le potentiel de conversion des utilisateurs de téléphones basiques et de terminaux 4G reste important. L’enjeu est désormais de rendre les équipements compatibles accessibles à une population dont le pouvoir d’achat demeure contraint.

Le financement, nouveau levier de démocratisation

Le prix constitue en effet l’un des principaux obstacles à la diffusion de la 5G. En 2026, le smartphone 5G d’entrée de gamme coûte encore plus de 100 dollars sur le marché africain. Pour une partie importante des consommateurs, l’achat représente donc une dépense significative, susceptible de retarder le renouvellement du terminal. Les opérateurs cherchent ainsi à déplacer la contrainte du paiement comptant vers des formules de financement. En Afrique du Sud, MTN Mobile Money a introduit en juillet 2025 une formule de location-vente permettant d’acquérir des appareils 4G et 5G moyennant 10 rands par jour, sans contrôle de crédit. Vodacom, avec son programme Easy2Own, avait de son côté permis à 18,8 millions de personnes d’accéder à un smartphone à fin mai 2025.

Cette évolution est stratégique pour les opérateurs. En facilitant l’acquisition du terminal, ils élargissent leur base de consommateurs de données et créent simultanément de nouvelles sources de revenus liées à la consommation numérique. Le téléphone devient ainsi un point d’entrée vers un écosystème comprenant données mobiles, services financiers, contenus et solutions numériques.

La 5G ne se limite plus au smartphone

La croissance attendue du marché repose également sur l’essor du Fixed Wireless Access (FWA). Cette technologie permet d’utiliser les réseaux mobiles pour fournir une connexion internet fixe aux ménages et aux entreprises, notamment dans les zones où le déploiement de la fibre reste coûteux. En mai 2026, 40 des 61 réseaux 5G commerciaux recensés en Afrique proposaient déjà des services FWA. Cette progression élargit mécaniquement le marché des équipements : aux smartphones s’ajoutent routeurs, modems, équipements installés chez les clients et autres terminaux de connexion.

L’industrialisation locale devient un enjeu de compétitivité

La question du prix des terminaux pousse également plusieurs pays à agir sur la structure des coûts. L’assemblage local apparaît comme un instrument susceptible de réduire les droits d’importation, les frais logistiques et l’exposition aux fluctuations monétaires. Le Nigeria a ainsi mis en place en juin 2026 des mesures fiscales et douanières destinées à favoriser la fabrication locale de smartphones, routeurs et équipements MiFi. Le Kenya autorise, pour sa part, l’entrée en franchise de droits de certains intrants destinés à l’assemblage. En Égypte, la stratégie consiste notamment à taxer davantage les appareils finis tout en accordant des avantages aux composants importés dans le cadre de l’initiative « Egypt Makes Electronics ».

Le spectre reste le principal facteur de fragmentation

Cette perspective reste toutefois conditionnée par la disponibilité des fréquences. À la mi-2026, seuls 35 pays africains avaient attribué du spectre destiné à la 5G, principalement dans la bande de 3,5 GHz. Les fréquences millimétriques demeurent encore peu exploitées en dehors notamment de l’Afrique du Sud et de l’Afrique du Nord.

Cette situation complique la constitution d’un véritable marché continental. Pour les fabricants, l’harmonisation des bandes de fréquences est déterminante pour produire des appareils adaptés à plusieurs marchés africains à des volumes suffisants. Une fragmentation excessive augmente les coûts de conception et réduit les économies d’échelle. L’Afrique du Sud apparaît à ce titre comme le marché le plus avancé. Les expéditions de smartphones y ont progressé de 17 % sur un an au deuxième trimestre 2026, alors qu’elles reculaient de 7 % à l’échelle africaine. L’évolution de son cadre spectral et l’extension des infrastructures 5G renforcent cette position.

Le Nigeria, prochain moteur de croissance

Le Nigeria pourrait néanmoins devenir le principal accélérateur de la demande. Le marché 5G nigérian est attendu en hausse de 13,90 % par an entre 2026 et 2031. La pénétration de cette technologie atteignait 14 %, avec une couverture dans 27 États après l’installation de plus de 730 sites supplémentaires en 2026. Le pays combine plusieurs facteurs favorables : une population massive, un marché numérique dynamique et le développement de mécanismes de financement des terminaux. À l’inverse, le coût des appareils reste un frein structurel. Le recul de 34 % sur un an des ventes de smartphones de moins de 100 dollars au deuxième trimestre 2026 illustre la pression exercée par la hausse du prix de la mémoire et des composants.

Au-delà des volumes annoncés, le marché africain de la 5G devra donc résoudre une équation économique simple mais décisive : faire baisser le coût d’accès tout en augmentant les usages capables de justifier l’investissement dans les réseaux. Les pays qui combineront disponibilité du spectre, financement des terminaux, production locale et développement des services numériques seront les mieux placés pour transformer la 5G en véritable marché de masse.

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